Il n’est pas rare que les affaires "bombes" soient aussi celles qui durent... des plombes (quand elles ne finissent pas par faire "pschitt"). D'autres se terminent à la barre d'un tribunal - on l'a vu récemment avec le dossier des époux Balkany, exemple-type des grandes affaires dites politico-financières.

Logo de la Sous-Direction de la Lutte contre la Criminalité Financière de la DCPJ
Logo de la Sous-Direction de la Lutte contre la Criminalité Financière de la DCPJ © Radio France / Emmanuel Leclère

En début de semaine, les services du ministère de l'Économie ont lancé leur unité spéciale de "police fiscale". Dans le même temps,  la direction centrale de la Police judiciaire muscle également l'équivalent de ses forces spéciales de la financière, sept ans après l'affaire Cahuzac, avec la création d'une sous-direction de lutte contre la criminalité financière.

Le principe est le suivant :  réunir deux offices centraux (OCLCIFF et OCLCGDF) qui traitent d'un côté les affaires politico-financière et de l'autre, les blanchisseurs des trafiquants de drogue, les grands escrocs en "col blanc" ; vient également s’ajouter la Brigade nationale d'enquêtes économiques et la création d'un Sirasco financier, une branche du service d'Analyse et de renseignement sur la criminalité organisée.

Plus de 200 enquêteurs sont concernés. Ces dernières années, chacun de leur côté, ils disaient crouler sous les dossiers, avec la pression inhérente à ce type d’affaire qui met en scène les  meilleurs cabinets d'avocats défendant des personnalités politiques majeures ou provenant du CAC 40. 

Rencontre avec le patron de la "Financière"

Thomas de Ricolfis est un commissaire qui a fait toute sa carrière dans la "financière", déjà le nez dans les affres de l'affaire ELF dans les années 90 aux côtés de la juge Éva Joly. C'est lui qui dirigeait jusque-là l'Office central spécialisé dans les grandes affaires politico-financières qui ont défrayé la chronique : affaire Fillon, garde à vue de Nicolas Sarkozy ou encore ces derniers jours  le compte caché en Suisse de  l'ancien premier ministre Raymond Barre.

Les offices centraux étaient au bord de l'implosion ces dernières années, avec une augmentation de 20 % de faits à traiter en l'espace de cinq ans et toujours le même nombre d'enquêteurs. Les procès dans ce genre de dossiers n'arrivent qu'au bout de 10 à 12 ans de procédures !

"À un moment, c'est comme dans un embouteillage, ça freine et les dossiers, qui ne sortent qu'au fur et à mesure. Le principal ennemi de l'enquête judiciaire c'est le temps, donc la réponse est trop longue"

Avec cette nouvelle sous-direction de la Lutte contre la criminalité financière, Thomas de Ricolfis veut réussir à créer systématiquement des équipes bien plus solides autour des chefs enquêteurs au sein de toutes les directions régionales de Police Judiciaire, y compris avec des recrues venant des banques par exemple ; une cinquantaine de postes seront rapidement à pourvoir.

"Il y a des gens à l'extérieur de la Police qui veulent nous rejoindre, des personnes qui travaillent dans le privé et même dans des banques, qui a un moment de leur vie veulent donner un sens à leur engagement. C'est ce que nous ont dit certains candidats l'année dernière lorsqu'ils ont passé le concours pour entrer dans la police.  On pourra aussi nous rejoindre directement via des effectifs supplémentaires de réservistes ou sur de la contractualisation très précise (spécialistes du blanchiment...)".

Jamais reçu de pressions politiques

Thomas de Ricolfis n'évoque pas les dossiers sur le fond mais revient sur les critiques, les attaques qui ont frappé son service dès qu'il s'est agi d'enquêtes concernant des anciens ministres, de gauche et de droite, et même des anciens présidents de la République : "Ce sont des critiques qui ont toutes des explications. Au-delà d'un nombre insuffisant d'enquêteurs, il y a des coopérations aléatoires avec certains appareils judiciaires dans des  paradis fiscaux, des recours systématiques de la part de cabinets d'avocats parmi les plus pointus au monde ainsi qu'une difficulté à récupérer des preuves numériques etc.)".

En revanche, le patron de la "financière" réfute toute idée de pressions quelconque pour expliquer des procédures qui ne démarreraient pas assez vite, ou qui s'enliseraient pour des raisons autres que les explications citées ci-dessus : "Il y a souvent le fantasme pour dire, mais ce n'est pas possible, vous avez des pressions, on vous dit de ne pas faire ci , de ne pas faire ça. On ne reçoit aucune pression et je pense que le politique ne s'engagerait pas dans une telle voie parce que le risque serait trop important pour lui d'essayer de guider l'action d'un service qui travaille dans cette matière-là. La seule pression, c'est celle que l'on se met nous-même. On va quand même au bout des choses, je ne sais pas s'il y a beaucoup de pays qui ont fait des enquêtes lors de campagne électorale, qui s'attachent à enquêter sur des grands groupes."  

Concernant les départs à la retraite la semaine dernière du juge Renaud Van Ruymbeke et de la procureure du Parquet national financier Eliane houlette, Thomas de Ricolfis attend évidemment de voir qui sera nommé, qui incarnera au Parquet National Financier la lutte contre la corruption, les grandes escroqueries et la fraude fiscale pour définir des stratégies d'enquêtes…et pour continuer sans subir de pression politique.  

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