C’est le dernier jour du procès de Daniel Legrand qui est jugé aux assises depuis 3 semaines dans le cadre de l’affaire Outreau. Cela concerne des accusations de viols dont il avait pourtant été acquitté il y a 10 ans. Ce sont 13 journées d’audiences exceptionnelles.

Je pensais être parti à Rennes en ayant une connaissance assez complète du dossier et de ses failles. Je m’attendais à découvrir ou redécouvrir certains de ses protagonistes. Mais je ne m’attendais pas à être confronté à cette réalité. 2 aspects incroyables qui sont apparus à l’audience.

Daniel Legrand et Éric Dupond-Moretti arrivent au 1er jour du 3ème procès d'Outreau, au Tribunal de Rennes, le 19 mai 2015.
Daniel Legrand et Éric Dupond-Moretti arrivent au 1er jour du 3ème procès d'Outreau, au Tribunal de Rennes, le 19 mai 2015. © Radio France

Le traumatisme de l’affaire, même 14 ans après son déclenchement, même encore 10 ans après les acquittements, et pas seulement pour les enfants victimes, pas seulement pour Daniel Legrand que l’on a replongé dans ces accusations sans fondement. Non, le traumatisme à vif pour ceux qu’on a appelé « les innocents d’Outreau ». On a bien crus que leur victoire judiciaire avait signé leur retour à la vie, il n’en est rien. Tous ont évoqué les larmes aux yeux le sort de leurs enfants qui leur avait parfois été retirés pendant plusieurs années à l’époque des fausses accusations et dont certains ne s’en sont toujours pas remis.

Autre réalité cruelle, l’étendue des dégâts dus à l’incompétence et, je serais tenté de dire aux manipulations du juge Burgaud. Car l’ancien juge d’instruction aujourd’hui mis à l’écart de tout contact avec un justiciable dans un service juridique de la Cour de Cassation, n’a pas seulement été à l’époque un jeune juge incompétent, il est clairement apparu à ce procès qu’il avait certainement manipulé les témoins et la première d’entre elle, Myriam Badaoui, pour construire ce qu’il croyait être un gros dossier de trafic pédophile et qui, s’il n’y avait pas eu tardivement quelques alertes des services de police judiciaire, aurait pu conduire une cinquantaine d’autres suspects en prison. Bref, la nuisance du juge d’instruction est vraiment apparue pour la première dans toute sa lumière blafarde.

Autre particularité de ce procès : beaucoup de tension dans la salle, et jusque sur les bancs de la presse.

Avec la présence « nauséabonde » (c’est le terme employé par le président des Assises) de plusieurs groupuscules de révisionnistes du dossier dont certains sont directement affiliés à des mouvements radicaux, des amis de Dieudonné et d’Alain Soral par exemple. Tous les jours, sur la toile, ils signent des comptes rendus d’audience très éloignés de la réalité, l’un d’eux avant-hier était par exemple illustré par une citation de Goebbels. On trouve sur ces mêmes bancs une association qui prétend défendre la cause des enfants, mais dont l’activité consiste essentiellement à organiser des galas de charité pour récolter des fonds. Je n’ai jamais travaillé sur un procès dans un tel climat, à subit des regards de travers, des invectives, des prises à partie dans les couloirs du palais ou devant le bâtiment. A tel point que des renforts de police ont été mobilisés aujourd’hui pour assurer la sécurité de tous quand viendra l’heure du verdict cet après-midi.

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C’est aujourd'hui le dernier jour, comment cela va se passer avant le verdict ?

L’audience va reprendre à 9 heures, Daniel Legrand sera invité, s’il le souhaite, à s’exprimer une dernière fois, puis les jurés et la cour partiront délibérer sans désemparer comme on dit, c'est-à-dire qu’ils ne ressortiront de la salle du conseil que lorsqu’ils seront parvenus à un verdict. Verdict motivé. Certainement dans le courant de l’après-midi.

Et rappelons enfin que vous pouvez revivre l’intégralité des audiences de ce procès sur notre site Internet grâce à la rigoureuse retranscription des débats effectuée par Charlotte Piret. Charlotte est tellement rigoureuse que certains de mes confrères que je ne nommerais pas s’en servent pour écrire leurs propres papiers !

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