"Dans le prétoire" nous replonge ce matin dans "l'Acte 3" des manifestations de Gilets Jaunes. Deux prévenus devaient comparaître pour des vols avec violence sur des policiers, le 1er décembre 2018. Mais l'un est mort, l'autre se retrouve seul à la barre.

Dans les couloirs du palais de justice de Paris
Dans les couloirs du palais de justice de Paris © Radio France / Ariane Griessel

Ils sont deux à être convoqués, ce jour-là, au tribunal correctionnel de Paris, devant la 10ème chambre. Deux hommes, 20 et 26 ans, dont la justice attend les explications pour des vols avec violence, le 1er décembre 2018, "Acte 3" des manifestations de "Gilets jaunes", ce jour où l'Arc de Triomphe a été pris pour cible, celui lors duquel le quartier des Champs Elysées a été plongé dans le chaos.

Mais il n'y aura qu'un prévenu, ce lundi : l'autre homme convoqué est mort, il y a cinq mois. Une "mort brutale". Nous n'en saurons pas plus. 

" J'ai vu qu'il y avait un acte de décès ? " interroge le président

" Comme je n'étais pas sûre que le tribunal avait été informé... " avance l'avocate de l'homme décédé

La suite est expédiée d'une simple formule du président : " Le décès de Monsieur met fin à l'action publique le concernant ". Son avocate quitte la salle, sa présence n'est plus nécessaire.

"Ils m'ont volé ce que j'avais volé"

Le prévenu restant se retrouve seul face à ses juges. Et face aux parties civiles, toutes présentes dans la salle : huit policiers de la 21e compagnie d'intervention, qui venaient de quitter l'Arc de Triomphe lorsque leur fourgon a été pris pour cible. "J'ai senti la porte arrière céder, j'ai vu quelqu'un déposer un fumigène, un sac a commencé à prendre feu", raconte l'un d'eux. Dans la panique, l'un des fonctionnaires s'est fait arracher un fusil mitrailleur, qui n'a jamais été retrouvé depuis. "L'arme dérobée regarde plus le défunt, note le président. Un jeune homme en perdition – je le dis parce que c'est établi par le dossier, je ne me permettrais pas d'être dégradant. Son rôle n'a rien à avoir avec le vôtre, puisque vous ne vous connaissiez pas", ajoute-t-il en direction de celui qui se tient devant lui à la barre. Lui, c'est un gilet pare-balle qu'il est soupçonné d'avoir pris. Brièvement : le butin lui a très vite été arraché des mains. "Ils m'ont volé ce que j'avais volé ", constate cet homme, 26 ans aujourd'hui. Et dans cette phrase est résumé tout le chaos, la confusion, l'absurdité de ce moment. 

Le prévenu reconnaît avoir jeté des projectiles en direction du fourgon. C'est, d'ailleurs, son ADN retrouvé sur les projectiles qui l'a trahi. Chemise blanche, pull vert, il s'excuse, encore et encore : "Je suis vraiment désolé, ça ne me ressemble pas du tout, je n'étais pas parti pour cet acte-là, on est pris par le feu de l'action, je ne me suis pas reconnu, je suis vraiment désolé "

"Nous avons pleuré longuement, heureux d'être en vie"

Les policiers, eux, sont persuadés qu'on a voulu les tuer. Les vidéos visionnées à l'audience le confirment : les cris de "Tuez-les" sont clairement audibles. Chacun des fonctionnaires raconte, sa certitude de mourir, et ce dilemme qui se pose rapidement : sortir du camion et mourir lynché, ou rester dans le fourgon et mourir brûlé. "Je me suis dit que la meilleure solution était peut-être d'être asphyxié, ça serait moins douloureux", témoigne l'un. Un de ses collègues, grand, sec, a la voix qui se brise lors de son récit. Un autre détaille : "Après, nous avons pleuré longuement et nous étions heureux d'être en vie".

Les images de la scène, issues de témoins et de caméras de surveillance, sont visionnées dans un silence de plomb. Le prévenu reconnaît son jogging noir à bandes rouges, sur les images : "Je suis désolé, ça ne me ressemble pas du tout. J'ai honte de moi, je suis vraiment désolé". Lui dit s'être laissé "engrèner". L'avocat des parties civiles n'est pas du même avis : "Je salue l'évolution de son parcours, tant mieux si des prises de conscience ont été faites, mais il est dans les meneurs".

La procureure dénonce un piège, " C'est presque Dien Bien Phu. Mais Dien Bien Phu c'était une cuvette. En 21 ans de ministère public, je n'ai jamais vu une telle violence contre les forces de l'ordre. Certes, monsieur n'est pas l'ensemble des manifestants, mais il a contribué à balancer des objets et agresser des policiers". Elle demande six ans de détention dont trois avec sursis, et mandat de dépôt, à l'encontre du jeune homme. Poursuivi, à l'origine, pour tentative d'homicide, ce dernier a déjà passé quinze mois en détention provisoire.

Son avocat, lui-même fils et frère de policiers, conteste les faits de vol avec violence. Pour lui, ce sont les violences qui ont laissé place à l'opportunité d'un vol. Les vidéos ont montré des milliers de manifestants Ils devaient être deux à la barre

Voilà ce prévenu plus seul que jamais. " Est-ce qu'une goutte d'eau est aussi responsable que le tsunami qu'il y a derrière ? ", interroge la défense.

" C'est vrai que, quand on lit ses PV, c'est un peu pénible de l'entendre s'excuser, s'excuser...mais il n'a pas forcément les mots. "

Comme toujours, c'est au prévenu de conclure :  " J'ai honte de moi, je suis sincèrement désolé " sur les banc des parties civiles, certains policiers hochent la tête, visiblement peu convaincus par les mots en question. C'est la justice qui appréciera. Jugement le 22 mars.