Tribunal de Commerce et conciergerie de Paris
Tribunal de Commerce et conciergerie de Paris © ell brown

Juste avant les vacances, les procureurs de France évoquaient leur malaise, leur saturation. Une manifestation d'humeur inédite. Ils viennent d'être rejoints dans leur grogne par les présidents de tribunaux.

Les présidents de tribunaux ne sont pas des habitués de la protestation, ils ne sont pas des guévaristes de l'institution judiciaire. Donc, quand ils protestent, même s’ils le font en français châtié, cela signifie qu'il y a un réel ras-le-bol. Dans un texte publié par leur Conférence Nationale -leur assemblée-, les présidents de tribunaux évoquent leur souffrance et leur désenchantement, après une année qu'ils jugent éprouvante. Là commence l'examen du dossier "Sarkozy et la justice". C'est fait de façon ironique, comme une liste de cadeaux de Noël ou de vœux de bonne année.

Par exemple, ces magistrats aimeraient tant qu'en matière de réforme de la Justice, la réflexion politique devance l'action et qu'en conséquence, cessent l'impréparation, l'improvisation et l'imprécision.

Autre vœu pieux : que les politiques arrêtent d'instrumentaliser ou de dénigrer l'institution judiciaire au gré de décisions qui leur déplaisent ou nuisent à leurs intérêts partisans.

Ou encore –et décidément la liste au Père Noël des magistrats est longue- ils aimeraient que les budgets annoncés soient versés et non amputés en cours d'année, comme c’est le cas.

Une autre phrase de cette lettre ouverte résume tout : « les présidents de tribunaux ne peuvent que constater que leur boulot, c'est de gérer une pénurie dramatique de moyens face à une inflation insupportable des charges dans un contexte de fréquentes improvisations ».

- C'est exactement ce que dénonçaient les procureurs en décembre dernier

On pourrait quasiment échanger les deux textes sans y trouver de différences. Le 8 décembre, ce que disaient 126 procureurs de la République (sur 163) -qui eux non plus, ne sont pas des guérilleros ou des rebelles- c’est qu'ils en avaient marre de l'empilement de lois quelquefois inapplicables, parfois contradictoires ; et qu'ils n'étaient pas assez nombreux (3 procureurs pour 100 000 habitants en France, contre 10.4, en moyenne, en Europe).

Mais les deux corps, les présidents de tribunaux et les procureurs, au-delà même du constat partagé sur la justice, emploient des mots qu'on ne les imaginait pas prononcer un jour : « souffrance » et « peur ».

Croulants sous les dossiers, les procureurs français, qui ont les plus lourdes charges de travail en Europe, ont peur de louper des éléments dans un dossier ; peur qu'un retard ou une erreur mette en danger la vie de quelqu'un.

La souffrance, c'est celle du travail mal fait, confiait à un confrère du Monde le président de la conférence nationale des présidents de tribunaux. « J'ai des gens, dit-il,qui pleurent dans les bureaux, il y a des décisions qui attendent d'être tapées, des jugements qui attendent d'être exécutés... On n’y arrive plus, on est tous assis sur un volcan ».

Alors qu'est ce que ces deux « coups de gueule », ces deux « ras-le-bol », ces deux mouvements de protestation sans précédent, vont bien pouvoir changer ?

A priori –c’est cela le plus triste- pas grand chose. Les procureurs, qui avaient exprimé leur saturation début décembre, sont toujours sans nouvelle de la Chancellerie.

Une chronique de Franck Cognard

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