Dans le prétoire nous emmène ce matin aux comparutions immédiates à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), où il a été question de "silence".

Salle d'audience du palais de justice de Boulogne-sur-mer
Salle d'audience du palais de justice de Boulogne-sur-mer © Radio France / Matthieu Darriet

Il a vingt-cinq ans, comparaît détenu, et prévient le président : "Je vais garder mon droit... au silence". Paroles claires, décidées. Ce prévenu le dit haut et fort : il ne dira rien. Le président prend acte, et précise : "Si vous décidez de faire des déclarations, spontanément, ça ne vous oblige pas à répondre à nos questions". Hochement de tête dans le box. 

Pourtant, il aurait sans doute beaucoup à dire. Le jeune homme a été interpellé fin 2019, pour des violences, en sortie de boîte de nuit, à Boulogne-sur-Mer. Mais les enquêteurs se rendent vite compte qu'il est recherché pour d'autres faits, nettement plus anciens, en Charente, en 2017, et en Gironde, en 2018. A chaque fois, il est soupçonné d'avoir essayé, avec un complice, d'escroquer des personnes âgées, en se faisant passer pour un agent des eaux.

La première fois, la victime n'a pu que constater le vol, en voulant, comme dit le président "donner un p'tit billet" à quelqu'un. Plus de billet dans le coffre. La deuxième fois, en Gironde, c'est… la parole qui a trahi les malfaiteurs.

Ce jour de juin 2018, le duo sonne chez une femme de 83 ans, explique chercher l'origine d'une fuite d'eau. Puis viennent les mots de trop : l'un des deux explique à l'octogénaire que, pour trouver cette fuite, il faut un produit qui a pour particularité de noircir les bijoux et effacer l'encre des billets. "Alors, madame, dit-il, s'il vous plait, mettez vos bijoux et votre argent dans le frigo". Paroles qui se veulent bienveillantes, mais qui alarment la dame. Elle a raconté la suite aux enquêteurs : "Je suis méfiante, j'ai dit qu'à la suite de deux cambriolages, je n'avais plus de bijoux". La victime potentielle sort, constate l'absence de camionnette de la compagnie des eaux, et prévient la police. Les deux hommes s'enfuient, laissant des traces ADN, dont celles du prévenu. Cet homme jugé... parce qu'un escroc a trop parlé.

Le jeune homme doit aussi s'expliquer sur deux affaires de violences. La première, en octobre dernier, contre des policiers. Vient ensuite celle qui l'a conduit là, dans le box, datant de novembre. Des témoins affirment qu'il a donné un coup de tête à un homme dans une boîte de nuit, avant de s'en prendre à la même victime avec un groupe, à l'extérieur. Celle-ci s'est défendue avec un tesson de bouteille, tout le monde a fini à l'hôpital. Le président détaille la soirée : "La victime explique que vous avez été aussi surpris l'un que l'autre de vous retrouver face à face dans le couloir des urgences. Si une porte ne s'était pas fort opportunément fermée, on ne sait comment, vous en seriez venu aux mains". 

Silence du prévenu, parole à la défense. L'avocat donne de la voix pour ce client mutique. S'agace : "On le convoque gentiment au commissariat, il y va gentiment, et se retrouve tout aussi gentiment déféré !"

Le jeune homme fait partie de la communauté des gens du voyage. Dans la salle, une dizaine de personnes écoute. Soutien ou menace, difficile à dire. L'avocat poursuit : "On n'arrive pas à une audience correctionnelle en gardant le silence sans que ça ait été préparé. Cela a un sens. C'est un droit, il en use. Pas pour signifier qu'il n'a pas envie de vous parler. On parlait de la communauté des gens du voyage. Ce monsieur, il ne PEUT pas vous parler. Et, en même temps, il ne VEUT pas vous raconter n'importe quoi."

"Avez-vous quelque chose à dire ?", conclut le président, se tournant vers le prévenu. Il ne dit rien de plus. Une demi-heure plus tard, il est reconnu coupable. Deux ans de prison ferme. La justice a parlé.

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