Elle s’appelle Christine Rivière, est jugée pour être partie en Syrie rejoindre l’un de ses fils, et pour avoir prêté elle aussi allégeance à l’organisation Etat Islamique.

[Actualisé le 6 octobre 2017 à 16h40 : Christine Rivière a été condamnée vendredi à Paris à dix ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers - la peine maximale - pour son "engagement sans faille" auprès des jihadistes].

Christine Rivière est une petite femme à la carrure robuste, emmitouflée dans un col-roulé rouge, sous un gros gilet de laine noire et de fausse fourrure grise. Elle a des yeux clairs. De longs cheveux châtains noués en chignon. Christine Rivière a 51 ans, et ce surnom, de "Mamie Djihad", la blesse.

Elle est fille de forains, a grandi dans un cirque, où ses parents faisaient un duo, jusqu’à leur divorce ; elle avait 7 ans. A 16 ans, elle a arrêté l’école pour travailler dans une usine de chaussettes. Peu avant son départ en Syrie, en 2013, elle était restauratrice le jour, surveillante dans un institut pour handicapés, la nuit.

C’est par amour pour son fils cadet, Tyler Vilus, l'un des premiers djihadistes Français, devenu émir de l’organisation Etat Islamique, que Christine Rivière a tout plaqué, après s’être convertie, comme lui, à l’islam. Elle a d’emblée choisi un islam rigoriste, le niqab, la charia. Elle a commencé à se faire appeler "Oum Abdallah" (mère d'Abdallah).

Isabelle Prévost-Desprez (magistrate passée de l’affaire Bettencourt, aux dossiers de djihad) qui préside cette audience, commence l'interrogatoire.

Christine Rivère, dans le box des prévenus, semble ne pas comprendre qu'on lui reproche ses trois allers-retours entre la France et la Syrie, entre l'été 2013 et le printemps 2014 :

- Vous êtes l'exemple qu'on peut aller et revenir. Madame Rivière, pouvez-vous nous expliquer cette photo de vous en niqab et kalachnikov, en position de tir, c’est particulier, quand même ?

- Bah, en Syrie, y a des armes partout.

- Et vous, vous les ramassez et vous faites des photos avec !

- J’ai aussi fait une vidéo où je tire hyper vite, mais je m’entraînais pas.

- Peut-être que vous êtes hyper douée, et c’est peut-être vous qui entraînez les autres femmes au fusil à pompe et à la kalachnikov. Et sur votre Facebook, ces images de décapitation et de crucifixion, c’est quoi ?

- C’était juste pour montrer la réalité de ce qui se passe.

Christine Rivière avait prêté allégeance à l'organisation Etat Islamique, comme son fils Tyler, soupçonné d’avoir été très proche d'Abaaoud, coordonnateur des attentats du 13 novembre, proche aussi de Mehdi Nemmouche, le tueur du musée juif de Bruxelles. « Madame Rivière, vous savez que votre fils Tyler glorifie Mohamed Merah », lui rappelle la présidente. « Oui, oui, je sais », dit Christine Rivière, avant d'essuyer une première larme, puis de craquer, au bout de deux heures d’audience.

Son avocat, Thomas Klotz tente alors de montrer un autre visage de Christine Rivière, qu'il appelle par son prénom, d'une voix douce. Elle se met à parler de l'enfance de Tyler, hospitalisé pour une maladie chronique, son lien à ce fils cadet, son amour de ses deux fils.

L'aîné arrive alors à la barre des témoins. Il s'appelle Leroy Rivière. Avait dit aux policiers qu'il pensait que sa mère portait une ceinture d'explosifs en Syrie. Il n'en est plus du tout certain. Ce trentenaire ultra musclé vient raconter une mère "qui n'a rien d'une terroriste" :

Ma mère, c'est pas Mamie Djihad, comme ils le disent. Elle cautionnait pas du tout le combat que l'Etat islamique faisait. Mais elle voulait pas voir mon frère partir à la mort. Donc, elle a tout fait pour rester auprès de lui. Et voilà aujourd'hui, où elle en est.

Il éclate en sanglots, en regardant sa mère, à qui il promet de "toujours être là"

Le procureur se lève, et face à Christine Rivière lit des lettres dans lesquelles on comprend que cette très jeune grand-mère (elle a plusieurs petits-enfants) a cherché plusieurs épouses pour son fils Tyler, quand il était encore en Syrie -Tyler Vilus est incarcéré en France depuis juillet 2015.

Extrait d'un courrier de la mère au fils, en 2013 : "J’ai trouvé une sœur, ça c’est de la sœur, elle, en Syrie, no problem, elle est prête pour une opération martyr, et elle est très gentille."

Autre lettre : "Bon, la soeur te demande de la rajouter sur Facebook, elle est toute mimi de Belgique, et elle veut combattre".

"Madame Rivière, combien de femmes sont en Syrie aujourd'hui grâce à vos interventions ?", l'interroge le procureur. L'une d'elle, sans doute, "n'avait que dix-sept ans", dit-il.

"Je n'ai encouragé personne à partir" assure Christine Rivière, plusieurs fois en larmes, à son procès

Elle risque dix ans de prison.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.