Par Corinne Audouin

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Le film sortira la semaine prochaine, le 11 septembre et, fait rare, le réalisateur a assigné en justice un de ses comédiens, Samy Nacéri, pour qu'il arrête de dire du mal de ce film.

Des comédiens pas vraiment enthousiasmés par le film dans lequel ils ont tourné, ça arrive. Mais il est effectivement rarissime que l'affaire aille jusqu'au tribunal. Vous ajoutez la personnalité de Samy Nacéri, la star de Taxi, connu autant pour sa filmographie que ses coups de sang, et le sujet du film (le parcours d'un jeune français des quartiers de Toulouse qui part apprendre le djihad en Afghanistan), et vous avez les ingrédients d'une polémique bien relevée. La bande annonce n'y va pas par 4 chemins. Notez aussi que le film sort le 11 septembre, un choix assumé par le réalisateur, François Gérard.

- Que s'est il passé entre les deux hommes ?

Sur les réseaux sociaux, le comédien accuse aujourd’hui le réalisateur d'être un escroc qui se sert de son image pour vendre un film aux relents islamophobes. Même genre de noms d'oiseaux du côté du réalisateur, qui accuse Samy Nacéri de racket : l'acteur aurait refusé de faire la promo du film tant que son contrat n'était par renégocié. Débouté en référé le 29 août dernier, François Gérard a fait appel pour obtenir le retrait des propos de Samy Nacéri. C'est, dit-il, une question de survie pour sa petite société de production. Avec ce mauvais buzz, il n'a qu'une crainte : que les exploitants prennent peur et ne distribuent pas le film.

  • Mais l'histoire ne s'arrête pas là...

C'est ici qu'entre en scène la Ligue de défense judicaire des Musulmans, une association fondée par Karim Achoui. L'ex avocat du milieu, radié du barreau, qui semble avoir trouvé là un créneau plutôt porteur. La toute jeune LDJM fait déjà beaucoup parler d'elle avec l'annonce d'une plainte prochaine contre une "Une" de Charlie Hebdo et d'un recours constitutionnel contre l'interdiction du voile intégral.

La LDJM s'est donc engouffrée dans le débat. Pour l'un de ses juristes, le scénario, les slogans, la date de sortie choisie pour le film, soufflent sur les braises de l'islamophobie ambiante. Peu importe que le réalisateur s'en défende farouchement et surtout, que les membres de la Ligue n'aient pas vu le film.

- On le sent bien dans cette histoire. Tout est là pour faire s'enflammer la polémique ?

Rien de tel pour refroidir les ardeurs qu'un petit peu de Droit. La ligue de défense des musulmans peut elle faire interdire le film?

La LDJM s'est rendue compte que vu la législation française, très protectrice de la liberté d'expression, cela risquait d'être une sacrée paire de manches. Aux dernières nouvelles, les juristes de la Ligue planchaient sur un éventuel recours devant le tribunal administratif, pour faire suspendre le visa d'exploitation du film. Pour la petite histoire, c'est la même stratégie juridique que celle employée par l'association de catholiques ultra Promouvoir, contre tout un tas de films jugés pornographiques ou violents.

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