Par Corinne Audouin

"Dans le prétoire" est entre les murs ce matin, ceux de l'une des plus vastes prisons de France : les Baumettes, à Marseille, avec ses 1800 détenus. Fait rarissime : le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue, a lancé hier une procédure d'urgence, après 15 jours passés sur place.

Il estime que la situation y est tout simplement indigne d'une démocratie.

Des cafards partout, y compris dans les frigos. Des rats qui courent de jour comme de nuit. Des coursives inondées les jours de pluies. Les ordures qui jonchent la cour de promenade. Des branchements électriques dangereux, des coupures d'eau, de lumière, de chauffage, des fenêtres cassées. Du racket, des coups de couteaux, des viols. Des détenus qui en font payer d'autres pour utiliser le seul téléphone public qui fonctionne encore.

Vous vous croyez dans Midnight Express ? C'est à Marseille, en 2012. Le contrôleur des prisons et ses équipes, 20 personnes en tout, ont passé quinze jours au centre pénitentiaire des Baumettes. Révoltés par ce qu'ils y ont vu, ils ont publié en urgence une liste de recommandations à la Garde des Sceaux, et à la ministre de la Santé.

La liste des horreurs constatées est inépuisable. Il y a ce détenu contraint de se laver dans l'eau de ses toilettes, faute de robinet dans sa cellule, la nourriture déposée à même le sol crasseux, l'absence de toute activité (9 détenus seulement avaient un travail lors de la visite)...

La faute à qui ?

Les crédits sont en baisse constante, tandis que la surpopulation carcérale se chiffre à 136% de taux d'occupation, et que l'absentéisme du personnel explose. Et ce qui a encore plus choqué Jean-Marie Delarue, c'est de voir qu'il n'était pas du tout le premier à faire ce constat.

Les premiers examens, du point de vue du droit des détenus, ont eu lieu en 1991. C’était la première visite en France du comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe. Il a été tellement frappé par la situation à Marseille, qu’il a fait des recommandations, contrairement à ses habitudes, immédiates et sur place. Donc, la situation est parfaitement connue des pouvoirs publics depuis cette date. On y a fait des travaux. Ces travaux n’ont pas résolu ni les problèmes d’eau, ni les problèmes de chauffage, ni les problèmes d’humidité, ni les problèmes de vie inconfortable quotidienne. Par conséquent, les choses sont en l’état et n’ont pas changé depuis 20 ans. Beaucoup nous ont dit ‘on compte sur vous’. Et bien ils peuvent compter sur moi, en effet. Je ne lâcherai pas cette affaire et s’il le faut, je recommencerai à crier, avec calme, mais il faut placer les pouvoirs publics devant leurs responsabilité s.

  • Quelles réponses ont apporté les pouvoirs publics à ce cri d'alarme ?

Seule la garde des Sceaux a répondu. Christiane Taubira ne conteste pas le constat, rappelle que des travaux de restructuration vont être engagés, d'ici 2017. Elle espère que sa circulaire de politique pénale, qui encourage les peines alternatives à la prison, fera diminuer le nombre de détenus.

La ministre de la Justice a également demandé un audit sur la sécurité dans la prison, et une inspection. Encore une, a-t-on envie de dire.

Est-ce à la hauteur des enjeux ? Non, répond Jean-Marie Delarue. Qui compte sur nous tous, médias, citoyens, société civile, pour relayer son indignation, et faire cesser cette honte pour la République.

Les liens

Site du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) est une autorité administrative indépendante créée par la loi du 30 octobre 2007.Le CGLPL rassemble aujourd’hui une équipe d’une trentaine contrôleurs nommés par le Contrôleur général dont près des deux tiers à temps plein et les autres à temps partiel, venus d’horizons professionnels très variés.Chaque contrôleur apporte son expertise et sa connaissance des lieux de privation de liberté dont on estime aujourd’hui le nombre en France entre 5 000 et 6 000 regroupant notamment les prisons, les hôpitaux psychiatriques, les centres et locaux de rétention administrative, les zones d’attente, les centres éducatifs fermés, les locaux de garde à vue, les dépôts des tribunaux...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.