Dans le Prétoire vous emmène dans le box des comparutions immédiates au Palais de Justice de Paris...

Aux comparutions immédiates
Aux comparutions immédiates © Radio France / Matthieu Boucheron

Dans le box cet après-midi-là, un jeune marocain de 19 ans et, à ses côtés, une interprète pour traduire ses propos et un président, aussi, bien sûr, qui aime à se laisser aller à son petit commentaire.  

"Vous êtes jugé", lit le magistrat "pour avoir frauduleusement soustrait un téléphone - c'est-à-dire volé un téléphone - en état de récidive légale." Il poursuit : "des policiers en civil étaient sur le réseau de transports en commun - c'est-à-dire le métro - à la station Chaussée-d'Antin-Lafayette - qui est une station où il y a beaucoup de vols sur les touristes notamment...

Mais on entend mal : l'huissier fait du bruit en fouillant dans son sac. Il finit par en sortir une banane - son goûter sans doute -  avant de quitter la salle. Retour au vol du téléphone portable, donc. Vol raté en fait, puisque "le téléphone tombe", poursuit le président, "une femme le récupère et le rend à son propriétaire."

- "Alors, quelles sont vos déclarations ?" interroge le président.

- "Je voudrais être jugé aujourd'hui".

- "Ça, on a bien compris. Mais quelles sont vos déclarations ? Vous reconnaissez les faits ?"

- "Oui, je reconnais".

Place alors à l'examen du casier judiciaire : "Condamnation à 4 mois ferme le 17 janvier 2019 pour vol aggravé, déjà dans les transports, un mois ferme pour vol en mai 2017, dans les transports, une condamnation pour trafic de stupéfiant,  et puis vol aggravé, le 20 avril 2019... C'était aussi dans les transports, j'imagine. Alors, ça commence à faire beaucoup, Monsieur.

- "Oui, je sais, c'est pour ça que je ne dis rien".

- "Bon, et vous avez quitté votre pays à 12 ans. Vous avez séjourné en Espagne et en Italie avant d'arriver en France en 2016. Vous n'avez pas connu vos parents, vous avez été élevé par votre oncle et votre tante mais n'avez plus de contact avec eux. Bon, qu'est-ce qu'il faut faire pour que vous arrêtiez ?"  

Il soupire : "Je voudrais arrêter. Je suis encore jeune, mais j'ai raté ma vie."

- "Et c'est quoi votre projet ?"

- "Je voudrais pouvoir travailler, fonder une famille. Ce vol, c'était pour faire une location. Mais quel que soit ce que je vais vous dire, vous n'allez pas me croire". 

Alors il courbe les épaules et quitte la salle d'audience dans l'attente de sa condamnation.

"Vous n'avez pas de ressources, pas de suivi"

Deux autres jeunes hommes font leur entrée. L'un deux, cheveux rasés sur les côtés et teints en blond sur le dessus, arbore exactement la même coupe que le jeune policier qui l'escorte. C'est encore une affaire de vol de téléphone, encore dans le métro parisien. Cette fois : station Bastille, à 6h34 du matin. Les caméras de la RATP ont tout filmé, les faits ne font pas vraiment débat. 

"Vous êtes partis de Tunisie en 2017", résume le président, "vous avez séjourné deux ans aux Pays-Bas avant de revenir en France. Vous n'avez pas de ressources, pas de suivi social, vous avez eu un suivi médical pour un problème de gale... Et vous Monsieur - il se tourne vers l'autre prévenu - vous êtes arrivé en France, il y a quatre mois. Vous dormez dans un squat dans le 19e arrondissement, vos parents sont au Maroc. Vous travaillez sur les marchés. Vous avez un problème de consommation d'alcool, de vodka, notamment à cause de douleurs à la main. Vous avez eu les tendons sectionnés au Maroc et vous avez expliqué que vous souhaitiez être réopéré plus sérieusement ici."

Les deux hommes acquiescent, un peu hagards. Dans son réquisitoire, la procureure ne peut que reconnaître : "Nous sommes dans une situation de misère humaine et sociale qu'il faut relever ici". Mais bon, il y a les chiffres aussi : "Avant la grève, on était avec une augmentation de 150% de vols dans les transports en commun", souligne-t-elle. Les chiffres, c'est aussi des peines de 6 à 10 mois de prison pour les voleurs de téléphone. 

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