A l'exception de Pierre Arpaillange à la fin des années 80, Nicole Belloubet est la première garde des Sceaux à ne pas être issue du monde politique...

Nicole Belloubet à la sortie du COnseil des ministres du 28 juin 2017
Nicole Belloubet à la sortie du COnseil des ministres du 28 juin 2017 © Maxppp / Christophe Morin

À part quelques années passées à la mairie socialiste de Toulouse et au conseil régional de Midi-Pyrénées comme conseillère culture et éducation, Nicole Belloubet est une pure juriste, prof de droit, membre du Conseil Constitutionnel, auteure de nombreuses publications juridiques. « Un profil atypique », observe Mathieu Delahousse, journaliste à l'Obs et auteur de "Justice, le ministère infernal". « Lors de sa nomination, il n'y avait que 400 personnes qui la connaissaient sur le bout des doigts à Paris, et le grand public, absolument pas. Elle a eu une carrière dans un petit monde judiciaire éminemment respectable mais assez fermé sur lui-même. Quand ils arrivent dans la justice, on parle toujours des politiques comme des éléphants dans un magasin de porcelaine, mais là c'est un petit peu l'inverse : elle arrive comme une virtuose dans une espèce de jungle. »

Nicole Belloubet est donc une fine juriste, mais ça ne va pas forcément l’aider. Connaître le droit, ce n'est pas connaître le fonctionnement de l'institution, ni même les magistrats, avocats, personnels pénitentiaires et agents administratifs qui la composent. Nicole Belloubet en est consciente, elle va devoir commencer par s'en imprégner cet été. Comme l'avait fait une de ses prédécesseurs. « Elisabeth Guigou était spécialiste de l'Europe et de l'Economie quand elle est nommée garde des Sceaux en juin 1997 dans le gouvernement Jospin » se souvient Mathieu Delahousse. « Elle va passer son été à réviser une matière qu'elle ne connaissait absolument pas : elle n'était jamais entrée dans une prison, elle ne lisait pas les pages des faits-divers dans les journaux, etc. Et en septembre, vont lui tomber dessus la crise des prisons dans le Sud-Est, l'affaire de la MNEF, et toute une série d'affaires de l'urgence éminemment politiques. Nicole Belloubet va devoir elle-aussi réviser cet été, se plonger dans le concret car on va la juger dans le concret et pas sur les grands textes de loi normatifs. »

Ce qui constitue un certain handicap, notamment sur la question sensible du budget de la justice, elle aura certainement plus de mal à se battre avec Bercy que son prédécesseur Jean-Jacques Urvoas, qui était ancien président de la commission des lois de l'Assemblée Nationale. « Tous les gardes des Sceaux de la V° République racontent qu'ils sont arrivés avec une vingtaine de projets et que tout s'est effondré » constate Mathieu Delahousse, « et souvent, il y a un énorme sentiment d'amertume. Même Jean-Jacques Urvoas a échoué, y compris sur la promesse de François Hollande de réformer le Conseil Supérieur de la Magistrature. Et donc mon conseil pour Nicole Belloubet, c'est de ne garder qu'un ou deux projets comme par exemple préserver les libertés publiques face au rouleau compresseur de la lutte anti-terroriste. »

Mathieu Delahousse est l'auteur de "Justice, le ministère infernal" chez Flammarion

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