Le procès du harcèlement moral à France Telecom s'est ouvert il y a un mois devant le tribunal correctionnel de Paris. A mi-chemin de ce procès qu'on annonçait comme historique, la complexité de la matière et la question des responsabilités rendent les audiences assez frustrantes.

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Justice © Radio France / Matthieu Boucheron

Il ne faut pas nier la dimension cathartique de ce procès, pour tous ceux qui ont vécu ces années très noires à France Telecom, culminant dans ce qu'on a appelé la crise des suicides, entre 2008 et 2010. A la barre, d'anciens salariés toujours en arrêt de travail, la veuve d'un agent qui s'est suicidé, viennent raconter leur descente aux enfers.  

Mais comment relier ces récits, souvent bouleversants, aux actes commis par les sept personnes jugées, anciens dirigeants et hauts cadres de France Telecom, assis en rang d'oignon devant leurs avocats ?  Pour comprendre qui décidait quoi, il faut plonger dans le fonctionnement de l'entreprise. Et c'est ardu. On navigue dans la novlangue managériale, on parle du programme "Time to move" - il est temps de bouger - ou des "espaces de développement", censés aider les gens à partir. Les prévenus prononcent des phrases comme : « La DCE avait un rattachement fonctionnel à OBS. Il y a eu un split au niveau de la direction fonctionnelle »… Malgré les efforts de la présidente, c’est souvent totalement incompréhensible. 

Une stratégie des prévenus ?  

On le comprend,  les prévenus préfèrent se réfugier dans la langue policée de la "com’" d’entreprise plutôt que d’assumer, par exemple, d’avoir dit comme Didier Lombard : "les départs, je les ferai par la fenêtre ou par la porte".  Face aux proches des victimes, leur défense tourne souvent autour de ces mots : je n'étais pas au courant. Les suicides ne sont pas remontés jusqu'à moi. Je ne connais pas le cas de cette personne. Et c’est toute la difficulté de ce procès : les juges d'instruction ont fait le choix de renvoyer devant le tribunal uniquement la direction de l'entreprise. 

Pour Patrick Maisonneuve, l’avocat de Jacques Moulin, ancien DRH France de France Télécom, "il y a une vraie confusion dans ce procès, qui se veut emblématique, entre ce qui relève de la discussion sociale, de la politique de l'entreprise, et la responsabilité pénale des personnes qui comparaissent. Il y avait, en 2007, 120.000 employés à France Telecom. Les malheureux qui ont mis fin à leur jour, les dirigeants qui comparaissent ne les connaissaient pas, ne les ont jamais rencontrés. Il n'y a donc pas de débat contradictoire possible. Notre défense, c'est de rester très factuel, et de dire aux juges d'instruction et au parquet : vous ne faites pas la démonstration que l'infraction de harcèlement est constituée."

Fallait-il juger toute la chaîne hiérarchique, du PDG jusqu’aux managers locaux, qui appliquaient - bien ou mal, c'est tout le débat - les consignes venues d'en haut ? Impossible, sans doute, de renvoyer 50 personnes devant le tribunal. On risque donc de rester avec cette frustration : la difficulté, dans ce procès, de comprendre clairement quelles sont les responsabilités de chacun. 

Le procès se poursuit jusqu'au 12 juillet 

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