A la cour d’assises de Nanterre, où s’est ouvert mardi le procès d’une affaire mystérieuse. Deux hommes sont poursuivis pour l’assassinat d’une riche veuve, retrouvée pendue sur sa péniche. En jeu, un héritage de 14 millions d’euros.

Procès d'assises
Procès d'assises © Radio France

Dans cette affaire, il y a d’abord les faits, intrigants.

Le 1er décembre 2005, Dominique Aubry est retrouvée morte, pendue dans sa péniche amarrée à Neuilly. Cette belle femme blonde de 57 ans a perdu quelques mois plus tôt l’amour de sa vie, son mari, Jean. Il avait fait fortune en pratiquant son métier d’antiquaire. Les premières constatations concluent au suicide, Dominique était très dépressive. Mais une plainte de sa famille entraîne l’ouverture d’une instruction.

Au cœur des soupçons, l’argent.

Deux mois avant sa mort, Dominique avait modifié son testament, au profit d’un ami de 20 ans son cadet : Franck Renard Payen. Le jeune homme est le dernier à l’avoir vue en vie ; il a dîné avec elle la veille sur sa péniche, avec un autre ami, Olivier Eustache.

Le suicide serait-il un meurtre maquillé, pour toucher le fabuleux héritage ? Les expertises sur les causes de la mort de Dominique se contredisent. Certaines avancent qu’elle était déjà morte avant d’être pendue. Il y a des traces de l’ADN d’Olivier Eustache sur la corde. Mais elle avait servi auparavant à amarrer la péniche. Après un non lieu en 2011, Franck Renard Payen et Olivier Eustache sont finalement renvoyés devant la cour d’assises.

Nous voilà donc devant les protagonistes de ce mystère digne d’Agatha Christie . Une poignée d’indices, un mobile, font-ils des meurtriers ? On scrute l’attitude des accusés, deux quadragénaires habillés avec soin, qui comparaissent libres. Franck Renard Payen semble fébrile, souvent au bord des larmes ; Olivier Eustache est plus calme. La cour d’assises est une plongée impitoyable au cœur de l’intimité des accusés comme de la victime. Il est beaucoup question de Dominique, dans ces audiences. Ou plutôt de Libé, comme Libellule, le surnom que lui donnait son mari. Jean et Dominique, c’était un couple hors normes, des bourgeois rock and roll, vient raconter une amie du couple et des accusés ; ils préféraient la compagnie de gens plus jeunes. Des fêtards joyeux, amoureux des belles choses. Franck, qu’ils avaient rencontré chez Régine quand il avait 17 ans, était un peu le fils spirituel de ce couple sans enfants. Le père de l’accusé est venu raconter avec tendresse comment, au mariage de son fils, Jean et Dominique étaient émus comme si c’était leur enfant qui se mariait.

A la mort de Jean, Dominique s’effondre, noie son chagrin dans la vodka et les médicaments. Ses amis se relaient pour lui changer les idées. Mais elle est obsédée par l’idée du suicide.

« Il n’y avait rien à faire, elle ne voulait plus vivre depuis la mort de son mari », vient raconter un homme qui l’a fréquentée dans les derniers mois de sa vie. « Elle m’avait même demandé de lui acheter un fusil ». A cet homme, elle dit aussi qu’elle veut régler ses affaires avant de mourir, qu’il n’est pas question que son frère qu’elle déteste hérite de l’argent de son mari. Ce frère aujourd’hui sur le banc des parties civiles.

Alors viendront aussi à la barre les experts, pour analyser la corde, la position du corps ; répondre à la question de savoir si Dominique était capable, vu son état ce soir là, de monter sur une chaise pour se passer la corde au cou. Il est trop tôt, bien sûr, pour présager de l’issue du procès.

Mais ce qu’on retient d’ores et déjà de ces journées d’audience, c’est que dans la vraie vie, les affaires criminelles sont rarement aussi simples que dans une série policière.

Le procès se poursuit jusqu'au 21 mars à la cour d'assises de Nanterre.__

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