L'écrivain d'extrême droite Alain Soral est repassé mercredi par la case tribunal. Le même jour, Jean-Marie Le Pen a été une nouvelle fois condamné. Le chroniqueur Eric Zemmour lui a rendez-vous devant la justice le 4 mai.

Alain Soral, Palais de Justice, Paris.
Alain Soral, Palais de Justice, Paris. © Xavier de Torres. FRANCE

Ce sont tous des habitués de la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. C'est dans cette salle d'audience que sont jugées les affaires de presse, et notamment les dérapages de ces personnalités.

Ce sont les juges de cette chambre qui ont condamné mercredi Jean-Marie Le Pen à 30 000 euros d'amende. L'ancien président du Front national avait répété, à la télévision en avril 2015, que les chambres à gaz de la Seconde guerre mondiale sont, selon lui, "un détail de l'histoire" . Ces propos, prononcés pour la première fois en 1987, lui avaient déjà valu une condamnation au civil.

C'est aussi dans la 17ème chambre qu'a été jugé mercredi, le même jour, Alain Soral, accusé d'avoir publié sur sa page Facebook une photo des époux Klarsfeld, connus pour leur traque des criminels nazis, avec cette légende : "Voilà ce qui arrive quand on ne finit pas le boulot" . Le jugement a été mis en délibéré. Il sera rendu le 14 juin 2016.

Quant à Eric Zemmour, son procès en appel doit avoir lieu le 4 mai. Le chroniqueur est poursuivi pour avoir dénoncé, lors d'une chronique radio en mai 2014, les "bandes de Tchétchènes, de Roms, de Maghrébins, d'Africains, qui violentent, dévalisent et dépouillent" les Français.

Pour l'avocat de Jean-Marie Le Pen, maître François Wagner, ces procès ne sont pas toujours justifiés. Il dénonce le politiquement correct et s'en prend aux associations qui poursuivent à tort et à travers :

Il y a une masse d'associations qui déclenchent des poursuites. Le résultat c'est la restriction de la liberté d'expression. Il est évident que désormais toute personnalité qui sort un peu de la norme se voit poursuivie. Les polémistes du XIXème siècle ne tiendraient pas deux minutes dans notre société.

En poursuivant régulièrement ces polémistes en justice, les associations sont évidemment dans leur bon droit. En France, la liberté d'expression est encadrée par la loi. Les principales limites sont la diffamation, l'injure, les propos appelant à la haine, les propos racistes ou homophobes. Mais pour maître Lahcène Drici, avocat d'Alain Soral, poursuivre, comme le font les associations, c'est une mauvaise stratégie :

Alain Soral n'a jamais eu autant d'audience que depuis qu'on lui fait un procès par mois. Il préfèrerait ne pas avoir de procès mais le fait est que, quand on l'assigne en justice, il utilise cela comme un moyen de communication. Je pense que si on veut combattre des idées, le meilleur endroit ce n'est pas le tribunal, c'est le débat d'idées. Il faut leur apporter la contradiction.

Les associations refusent de laisser passer des propos qui tombent sous le coup de la loi

Pour les associations, c'est une question de principe. C'est symbolique. Impossible de laisser passer des propos qui tombent sous le coup de la loi. C'est aussi une façon d'éviter que de tels propos, de telles idées, ne se banalisent. Maître Stéphane Lilti est régulièrement l'avocat d'associations anti-racisme :

Le danger qui nous guette c'est de consentir à la banalisation du racisme. Ne pas réagir, ne pas poursuivre, c'est consentir. Donc nous tentons de lutter contre la propagation de ces fléaux. On le fait imparfaitement. C'est vrai que nous donnons parfois des tribunes aux antisémites et aux racistes. Des poursuites systématiques seraient contre-productives, mais aujourd'hui elles sont loin de l'être. Sur son site Internet, Alain Soral viole la loi en moyenne 5 à 6 fois par jour ! Nous ne le poursuivons que lorsque nous considérons qu'il a vraiment dépassé les bornes.

Dans ces affaires, les peines prononcées sont souvent symboliques : des amendes pour l'essentiel. Ce qui à l'évidence est loin de dissuader les polémistes et les extrémistes de récidiver.

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