Par Nathalie Hernandez

Longues peines : le pari de la réinsertion
Longues peines : le pari de la réinsertion © Editions Milan

Dans son livre Longues Peines : le pari de la réinsertion ,Philippe Laflaquière,juge d'application des peines pendant 10 ans à Toulouse, évoque à travers 15 portraits, ceux qu’il appelle les « condamnés de l'extrême ».

Il n'y a ni angélisme, ni pessimisme dans l'ouvrage de Philippe Laflaquière. Il ne se livre pas non plus à une démonstration intellectuelle sur la réinsertion. Il vous emmène à la rencontre de ces hommes, des criminels incarcérés au centre de Muret en Haute Garonne. Il y a 600 détenus dont 10 % condamnés à la perpétuité. Et un jour ils pourront demander à être en liberté conditionnelle, une liberté encadrée et contrôlée.

Mais il faudra un projet et des garanties. Au juge d'application des peines de remplir cette délicate mission d’accorder, ou non, cette liberté, avec les travailleurs sociaux, les surveillants, les enseignants, et les psychiatres. Au détenu de se remettre en question et de gagner leur confiance pour un retour dans la société. Philippe Laflaquière nous raconte un de ces parcours : celui du petit Henry, condamné à 17 ans.

‘Petit' parce qu’il était jeune quand il a commis ce crime : un coup de couteau à une épicière pour quelques francs et une tablette de chocolat. Malgré sa minorité, ce petit Henry a été condamné à la perpétuité. Il s’est trouvé que dans son parcours carcéral, il a fait un cheminement extraordinaire pour trouver des valeurs positives, travailler, faire une formation professionnelle... Et puis il a eu la chance, dans ce parcours carcéral, de faire la rencontre d’un moniteur de sport et l’épouse du moniteur et leurs deux filles se sont pris d’affection pour lui au point de former une véritable famille adoptive qui l’a accueillie lors de sa libération conditionnelle et sans surprise, celle-ci a été une réussite complète. Je l’ai encore eu il y a quelques jours au téléphone et il était très heureux que je décrive son parcours dans l’un des chapitres de mon livre.

  • Après autant d'années de prison on imagine qu'une telle remise en liberté se prépare ?

Oui, explique Philippe Laflaquière. Il y a d'abord des permissions encadrées puis une semi liberté, car il faut retrouver des repères sensoriels. Par exemple, se rendre compte qu'il y a des voitures ou que l’on a changé de monnaie. C'est une véritable construction dans laquelle il ne faut pas oublier les victimes, rappelle l'auteur. Le magistrat est aussi là pour elles.

Le juge est aussi investi de cette attente de la société qui est d’assurer la protection de celle-ci. Contrairement à ce qu’elles peuvent penser, les attentes des victimes au sens général, les victimes directes du fait criminel en question, mais aussi la société en général, sont prises en considération dans le projet lui-même. Je vais impartir un certain nombre d’obligations, de soin par exemple, ou d’interdictions (de paraître dans tel lieu, département, région). La réinsertion est une véritable construction et c’est une construction dans laquelle les victimes ont leur place même si elles ne le savent pas toujours.

Il y a bien sûr des échecs et le risque zéro n'existe pas, mais le taux de récidive ne dépasse pas 0,5% chez ces détenus condamnés à la perpétuité. Ils représentent moins de 1% de la population carcérale.

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