Derniers préparatifs du procès du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 : l'affaire Bygmalion. L'audience se tiendra devant le tribunal correctionnel de Paris à partir du 17 mars, pour 14 prévenus dont l'ancien président de la République. Charlotte Piret a assisté à la dernière audience de préparation.

Salle d'audience du nouveau tribunal de Paris
Salle d'audience du nouveau tribunal de Paris © AFP

On appelle ça une audience de fixation. Elle a pour but de  préparer les procès. Et comme celle-ci se tient en tout début d'année, elle a des airs de rentrée des classes. D'autant qu'au vu des prévenus dans le dossier - d'anciens cadres de l'UMP, à Nicolas Sarkozy en passant par des chefs d'entreprise et experts-comptables -, tout le gratin des avocats pénalistes parisien est là. Ou presque. Alors on se salue, on se souhaite la bonne année. On s'interroge aussi : "tu sais qui préside l'audience?"

Mais justement, voilà le tribunal. Chacun regagne sa place. Et sort son agenda. Car c'est avant tout d'organisation qu'il est question. "Les audiences se tiendront à partir de 13h30" indique la présidente. "Les mercredi 17, jeudi 18 et vendredi 19 mars. Puis le lundi 23, mardi 24 ..." : cinq semaines au total. Alors certains avocats préviennent : "J'ai deux mois d'assises juste à ce moment-là", indique Me Thibault de Montbrial, avocat d'un des prévenus expert-comptables. "Mais je vais m'organiser pour jongler entre les deux".

Voilà pour l'aspect planning. L'ambiance est détendue. On plaisante sur les bancs des avocats. Puis, il est question du dossier d'instruction. "Le dossier du tribunal contient 18 nouveaux classeurs qui correspondent à l'impression des contenus des Ipad de monsieur Lavrilleux notamment". Des éléments auxquels les avocats n'ont pas eu accès à ce stade. Alors "un ordinateur sera mis à votre disposition", informe le procureur, il suffira de demander le mot de passe au greffe". "On ne pourrait pas plutôt obtenir la copie sur CD?", réclame l'avocat Me Kami Haeri. "Cela ferait 600 CD par personne", rétorque le parquet, "si vous voulez, venez avec votre disque dur. Mais je vous préviens, il y en a pour 5 ou 6 heures de copie".

Droits de la défense ou violation de la vie privée ? 

La défense se résigne. On passe aux demandes parvenues au tribunal. Celle de faire visionner un extrait de l'interview de Jérôme Lavrilleux à BFMTV. Celle aussi d'ouvrir "les scellés UMP 4, UMP 3 et UMP 13", énumère la présidente.  Elle se saisit de trois enveloppes marrons. "Ah, on na pas d'huissier". Les tend alors à l'avocat à la barre. "Si vous pouvez les poser sur la table pour que chacun puisse les voir". L'avocat s'exécute et plaide : à l'intérieur de ces CD il y a, selon lui, "des éléments à décharge qui ont pu échapper à la vigilance des enquêteurs et qui permettent d'invalider certaines thèses des magistrats instructeurs". "Mais ces scellés sont quasi-exclusivement des courriels, précise alors la présidente, est-ce que ces éléments ne relèvent pas de la vie privée?" L'avocat d'un des prévenus concernés intervient d'ailleurs : "monsieur Attal n'a jamais rien eu à cacher. Mais une partie de ce qui se trouve dans ces scellés ne sont intéresse pas : les mails qu'il a adressé à ses enfants, ses parents. Je tiens à ce que le tri soit fait." Depuis le fond de la salle, une de ses consœurs se lève. "Je suis un peu étonnée à ce qu'on parle de l'intimité de la vie privée ici. J'ai l'impression d'être aux prud'hommes. Dans toute procédure pénale, on a accès à des intimités. Ce n'est pas un argument." Après un long délibéré, le tribunal rejette la demande d'ouverture de ces scellés. 

Il est encore question des témoins cités, du planning de l'audience, réclamé par les avocats de la défense. "Mais, par expérience, quand on fait un planning trop à l'avance, il est de toute façon modifié et ça ne sert à rien", indique la présidente. Avant de donner rendez-vous à l'aréopage de robes noires pour le 17 mars. Pour le vrai procès cette fois.

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