Le syndicat de la magistrature, premier syndicat de magistrats a avoir vu le jour en France, fête, ce 8 juin 2018, ses 50 ans.

Nous sommes dans l'immédiat post-68. Dans la salle des criées du palais de justice de Paris, cinq jeunes hommes proclament la création du syndicat de la magistrature.  Dans les mois qui suivent, ils vont atteindre le millier d'adhérents, dont certains de renom à l'image de Simone Veil, par exemple. 

Mais très vite aussi, ils seront décriés. 

L'étiquette de "juge rouge" colle alors à la robe des syndiqués. 

Serge Portelli, aujourd'hui magistrat honoraire, se souvient de ses débuts comme juge d'instruction à Melun : "il faut vous imaginez ce que c'est qu'un juge syndiqué au début des années 1970 dans un petit tribunal. On était fichés "juge rouge" dans la presse locale, dans l'opinion publique locale. A peu près tous les hommes politiques de droite de Seine-et-Marne me détestaient cordialement. Moi je ne me définissais pas dans mon travail comme un juge syndiqué. Mais c'est vrai que je participais à ce mouvement énorme. Essayez de trouver des affaires, avant les années 1970, dans lesquelles on retrouve un homme politique ou un député ou un chef d'entreprise connu, poursuivi en justice. Il n'y en a pas !"

Depuis, la magistrature s'est très largement syndiquée - à près de 40% aujourd'hui.  Et de nombreux magistrats qui adhèrent dès leur formation à l'école nationale de la magistrature (ENM).  En 1972, le Conseil d'Etat, dans son arrêt Obrego reconnaît le syndicalisme dans la magistrature. Deux ans après naît un autre syndicat : l'Union syndicale de la magistrature - apolitique, celui-là, et devenu aujourd'hui syndicat majoritaire. 

Une organisation éminemment politique

Le syndicat de la magistrature, lui, peine parfois à se défaire d'une étiquette jugée trop à gauche par certains.  Laurence Blisson, est l'actuelle secrétaire générale du syndicat de la magistrature : "il y a une confusion souvent entretenue entre l'impartialité et la neutralité. L'impartialité c'est le fait pour chaque juge, lorsqu'il traite d'une affaire particulière, de ne pas avoir de parti pris pour l'un ou l'autre, de ne pas avoir d'idée préconçue. Mais cette impartialité n'est pas du tout incompatible avec le fait de rappeler que la loi est un produit politique. Il va y avoir une dimension politique et il ne faut pas la nier."

Au risque, encore aujourd'hui, de susciter la critique. Lors de mise en examen d'hommes politiques, par exemple.  Mais aussi avec l'affaire du "mur des cons", ces photos de dizaines de personnalités affichées dans les locaux du syndicat sous la phrase "avant d'ajouter un con, vérifiez qu'il n'y est pas". Une affaire qui a valu à l'ancien présidente du syndicat un renvoi en correctionnelle pour "injures publiques". Son procès est prévu en décembre

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