Un matin de janvier, au tribunal correctionnel de Strasbourg. Deux hommes attendent de comparaitre l'un et l'autre pour des violences conjugales. Steeve et Rémi assurent qu'ils ne recommenceront plus.

Chaque année, en moyenne, 219 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles
Chaque année, en moyenne, 219 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles © Getty / funky data

Steeve a 35 ans, il est ouvrier. Il a rencontré Cindy sur Meetic il y a 4 ans, elle est tombée enceinte rapidement. Steeve disait déjà qu'elle n'était "plus bonne à baiser ni à faire le ménage". A la maison, c'est violences verbales "tous les jours" et violences physiques "toutes les semaines" évalue Cindy. Avec une particularité : il ne la frappe pas directement, il la pousse contre les meubles pour qu'elle tombe ou qu'elle se cogne. "Il y a les violents et il y a les vicieux" commente le président du tribunal. Un jour, sa fille est venue lui faire un câlin sur le canapé, il l'a repoussée, repoussée si fort qu'elle a roulé au sol et brisé une porte vitrée. "C'était un accident" répond Steeve. A la barre, Cindy raconte que cet "accident" était celui de trop, elle a quitté le domicile et est partie vivre chez sa mère avec la petite. Cindy gère tout toute seule, comme elle le faisait déjà avant d'ailleurs. "Mais là, je suis endettée jusqu'au cou, 17.000 euros à rembourser" pleure Cindy. Le procureur dénonce un homme "nocif et dangereux, ancré dans la violence depuis trop longtemps, droit dans ses bottes, abject". Le tribunal condamne Steeve à 4 mois de prison ferme et 8 autres assorti d'un sursis avec interdiction de voir sa femme et sa fille.   

Une nuit d'octobre, Céline a appelé la police. Rémi est ivre "comme souvent" précise-t-elle, "il chantait 'Allez l'OM' et il est devenu violent". Céline est enceinte de 8 mois. Rémi a claqué la porte sur sa main. Triple fracture. C'est leur petit garçon, "certainement le plus équilibré de cette famille" commente le président, qui a raconté aux policiers: "Papa a encore essayé de faire son petit roi. J'ai eu l'idée de l'assommer avec un bâton pour qu'il arrête. Il fait n'importe quoi". Le président fixe Rémi : "Vous êtes un violent ! Une femme enceinte, ça se protège, un enfant de 8 ans, ça se protège !" Rémi baisse la tête : "ce soir-là, en entendant mon fils, j'ai pris une claque dans la gueule. Depuis, je suis en cure, je me soigne, je veux prendre soin de ma femme, je veux grandir un peu, j'aime mon fils et ma fille plus que tout." "Mais ça va recommencer, c'est dans vos gênes, Monsieur !" balaye le président. A la barre, Céline, le bras dans le plâtre, dit qu'elle aime Rémi, qu'elle ne veut pas qu'il aille en prison. Et se rasseoit près de lui. Le procureur ne croit pas à la prise de conscience de Rémi et "le pardon de sa femme, ça ne suffit pas". Il réclame une sanction exemplaire. Rémi est condamné à 9 mois de prison ferme et 9 autres assortis d'un sursis avec interdiction de fréquenter les débits de boisson. 

Strasbourg, 23 janvier, sous une fine neige, Steeve et Cindy ont quitté le tribunal, chacun de leur côté. Rémi et Céline, eux, sont repartis ensemble, serrés l'un contre l'autre.

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