Un petit livre rouge, pas celui de Mao mais celui d'Ondine Millot, journaliste à Libération : vient sortir aux éditions Steinkis c'estL'Amour à mort .20 récits de crimes passionnels, des affaires qu'elle a suivies comme chroniqueur judiciaire. Des vies en apparence banales qui, sous le coup de la passion, de la rancœur pour un mot ou un geste de trop, vont basculer.

Tout va toujours bien au début, mais comme dans la chanson des Rita Mitsouko, « les histoires d'amour finissent mal en général ». Et celles-ci en particulier. Depuis six ans qu'elle fréquente les salles d'assises, Ondine Millot a voulu nous faire revivre ces moments où l'on découvre la vie de l'accusé(e), celle de la victime, leurs attentes, leurs secrets et malgré tout, leur humanité. Pour en parler, nous nous sommes données rendez-vous place Dauphine, en face du Palais de justice.

J’ai eu envie de raconter des parcours de vie dans lesquels on peut se reconnaître un peu, et de raconter des personnes. Donc des choses humaines beaucoup plus que de m’attarder sur les faits, comment ils ont été commis, etc. J’aime bien quand on peut retrouver des choses de l’enfance, de la façon dont le personne a grandi, quand on voit ses parents, frères et sœurs venir à la barre ou quand on les rencontre lors d’une enquête, ça apporte énormément de choses et de nuances, et c’est là aussi qu’on se rend compte qu’on reconnaît plein de choses de nos vies à nous. Et moi c’est ce qui m’intéresse le plus.

Parmi ces histoires, il y a celle deJean-Pierre. Un mari modèle, aux petits soins avec Martine, sa femme, depuis 24 ans. Puis, un jour, parce qu'il voulait un enfant et qu'elle a refusé, il a commis l'irréparable , nous raconte Ondine Millot :

Un homme extrêmement gentil, doux, effacé, employé de La Poste, cadre modèle. Tous les matins, il se lève, il va dans le garage lui faire chauffer la voiture, pour qu’elle n’ait pas froid quand elle prendra le volant, puis il remonte la réveiller. Un matin, il fait la même chose, remonte et lui coupe la tête. Personne ne comprend son geste car c’était vraiment le plus amoureux des hommes. Une enquête est ouverte, une autopsie et on découvre que Martine était vierge, après 24 ans de mariage, et qu’en plus de lui imposer une certaine forme de sexualité, en tous cas une certaine frustration ce niveau-là, elle imposait aussi tout le reste : les sorties, les choix, les goûts… Et cet homme qui se disait très heureux de sa situation, qui a dit oui à tout et jamais rien contesté, est tout à coup passé dans l’extrême inverse de l’ultra violence et a coupé la tête, c’est-à-dire coupé le commandement, le centre de décision qui régissait toute sa vie. Il réclamait presque d’être condamné encore plus lourdement. Il a pris 18 ans et je trouvais déjà cela énorme, mais lui disait qu’il méritait plus. De toutes façons, il est encore amoureux de Martine et il est dévasté par ce qu’il a fait.

Pour accompagner ces crimes passionnels, il y a les formidables dessins d’Angelo di Marco que vous avez pu remarquer notamment dans Détective . Saisissant de réalisme.

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