On part ce matin sur l'île de la Cité, au vieux palais de justice de Paris pour une audience... inattendue. On était partis voir Patrick Balkany, on est tombé sur deux Afghans, vendeurs à la sauvette.

Entrée principale du Palais de justice de Paris, sur l'île de la cité
Entrée principale du Palais de justice de Paris, sur l'île de la cité © AFP / Manuel Cohen

Cet après-midi là, on était venus pour Patrick Balkany.  Le maire de Levallois-Perret voyait examiner sa deuxième demande de remise en liberté. S’annonçait donc une de ces audiences médiatiques dont les journalistes judiciaires ont l’habitude  : on arrive un peu en avance, histoire d’avoir une bonne place dans la salle, on discute un peu -“il va sûrement évoquer sa caution: 500 000 euros, tout de même”. Mais ce jour-là, on est interrompus par un gendarme. Qui, très gentiment, nous prévient : une autre affaire doit aussi être jugée et Patrick Balkany passera après.  Soupirs sur les bancs, “il paraît qu’il y en a pour une heure et demie”.  Eric Dupond-Moretti, l’avocat de Patrick Balkany, arrive, apprend la nouvelle. Peste à son tour. Explique au président que, “vous comprenez, moi j’avais prévu d’aller dans mon coin à champignons. Je voudrais faire des spaghettis aux cèpes pour le dîner”.   Il s’en va en bougonnant un peu. 

Dans le box des prévenus, arrivent deux hommes.  On apprend qu’ils s’appellent messieurs Safi et Safai. Safi c’est le plus âgé des deux, bedonnant, T-shirt à manches longues noir, rasé de près, le sourcil un peu épais. Safai porte la barbe, paraît chétif, peut-être même un peu malade.   Il parle très bas, ne s’adresse pas vraiment à la salle. Mais directement à l’interprète qui traduit ses propos. Car les deux hommes sont Afghans. Et semblent complètement dépassés.  

- Votre adresse ?, leur demande la rapporteuse. Ils ne savent pas exactement. "Vers la porte de la Chapelle" 

- Monsieur Safai, vous êtes en France depuis quand ?  

- 2016 

- Vous avez fait une demande d'asile ?  

- Oui, mais j'ai pas encore de réponse.  

- Depuis 2016, c'est long. Bon, et vous avez des problèmes de santé ?  

- J'ai une hépatite C 

- Ah, ça a changé. La magistrate feuillete quelques pages du dossier.  "Moi, j'avais tension et diabète", lit-elle. 

- Ah non, ça c'est moi", intervient l'autre prévenu.  

- Ah, j'ai inversé. C'est pas Safai, c'est Safi.  Vous, reprend-elle avec le plus jeune des deux, vous avez eu un frère tué par les Talibans.  

- On était en danger là-bas". C'est pour cela qu'il a fui. 

- Vous êtes passés par l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, l'Allemagne, la Serbie, l'Autriche, l'Italie ... c'est un drôle de périple quand même !" 

Un périple qui s'achève sur la place de la Chapelle.  Avec d'autres Afghans, les deux hommes vendent du tabac à la sauvette ... du tabac à mâcher, conditionné dans des paquets de 4 kilos. Le réapprovisionnement se fait dans un parking. Deux box avec plus d'une tonne de tabac ont été retrouvés.  "Vous avez été vus, suivis, photographiés, filmés" par la surveillance policière, détaille la rapporteuse à l'audience.  Mais les deux hommes nient. "Ce box n'est pas à moi", lâche l'un. "Moi je ne suis qu'un petit vendeur", affirme l'autre.  "Je ne le referai plus." promet l'un. "J'ai fait une erreur", admet l'autre. "Je ne savais pas que le tabac à mâcher était interdit en France. J'ai cinq enfants, je suis malade." 

Le parquet requiert 12 et 18 mois de prison ferme, avec interdiction de territoire français pendant 5 ans. Le jugement est mis en délibéré. "Vous connaîtrez la décision le 12 novembre à 13 heures", leur traduit l'interprète.  Les deux hommes s'en vont. Le président lance : "on peut passer au dossier numéro 2".  

Le numéro 2, c'est Patrick Balkany ... et la salle est à nouveau pleine.

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