Prison
Prison © DaR

L'Observatoire International des Prisons a rendu mercredi un épais rapport sur les conditions de détention en France entre 2005 et 2011. Au-delà d'un audit général alarmant, ce rapport dénonce une pratique de plus en plus courante dans les prisons françaises : celle des régimes de détention "différenciés". De quoi s'agit-il ?

C'est une sorte de « prison dans la prison » qui se développe depuis une dizaine d'années et qui est inscrite dans la loi depuis 2009. Les détenus peuvent être orientés vers différents régimes de détention, en prenant en compte « leur personnalité, leur santé, leur dangerosité et leurs efforts en matière de réinsertion sociale ».

Concrètement, dans un même établissement cohabitent ainsi des quartiers fermés où le détenu ne quitte pas sa cellule sans être accompagné, et d'autres secteurs ouverts ou semi-ouverts, où les prisonniers circulent librement dans la journée, avec la possibilité de travailler, d'aller en promenade ou à la bibliothèque.

Sur quels critères se fait ce tri ? C'est le premier problème soulevé par l'Observatoire International des Prisons : la loi laisse toute latitude à l'administration pénitentiaire pour classer les détenus de façon plutôt subjective. Ecoutez cet exemple cité par Nicolas Ferran, juriste à l'O.I.P.

Nicolas Ferran : « Parmi les remarques qui peuvent être faites sur les détenus, il y a par exemple le détenu que l’on appelle ‘demandeur’. C’est quelqu’un qui demande à voir souvent le chef de secteur, qui a beaucoup de demandes sur ses conditions de détention, etc. Vous avez, à côté de cette appellation de ‘demandeur’, des synonymes, comme ‘importun’.Très clairement, un détenu peut être signalé comme ’demandeur’ et donc ‘importun’ parce qu’il va essayer de faire valoir ses droits, s’est plaint de ses conditions de détention, etc. Donc le moindre comportement peut avoir des répercussions en terme de signalement et finalement, en terme d’affectation dans tel ou tel régime de détention ».

- La question de la sécurité est avancé pour justifier ces régimes différenciés

C'est évidemment l'objectif avancé par l'administration pénitentiaire. Les régimes différenciés permettraient de pacifier les prisons en « triant », en quelque sorte, les « bons » et les « mauvais » prisonniers.

Mais le rapport de l'OIP pointe que c'est loin d'être le cas. Il cite les travaux d'un chercheur en sociologie qui indique que les incidents dans les quartiers fermés sont plus fréquents du fait, notamment, de l'oisiveté et du manque de perspective des détenus, et le sentiment d'injustice lié à ces inégalités au sein d'une même prison exacerbe les tensions.

Enfin, troisième objection soulignée par l'OIP et sans doute la plus importante : que se passe-t-il quand ces prisonniers, modèles ou pas, ont purgé leur peine ?

Nicolas Ferran : « Les personnes détenues, un jour ou l’autre, vont sortir de prison. L’intérêt de la société, c’est évidemment de préparer cette sortie et de faire en sorte qu’elle soit dans une démarche de réinsertion. Alors si vous maintenez des gens porte fermée, sans accès à aucune activité, sans aucune formation professionnelle, sans aucun développement de liens sociaux, avec une entrave aux contacts avec l’extérieur, etc., évidemment, vous ne préparez pas ces personnes à la sortie ».

L'Observatoire souligne ainsi qu'en matière de prévention de la récidive, ces régimes, en privilégiant la sécurité sur la réinsertion, sont particulièrement inefficaces.

Une chronique de Corinne Audouin

« Les conditions de détention en France »

Rapport de l'Observatoire International des Prisons

En vente en librairies à partir du 5 janvier 2012

Editions La Découverte__

Les liens

Le site de l'Observatoire International des Prisons

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