Scène de crime
Scène de crime © Radio France / Alan Cleaver

C’est la question qui se pose, deux semaines après un fait divers, dans les Yvelines : un informaticien est mis en examen pour avoir assassiné son épouse et la justice le soupçonne de s'être infligé une blessure pour égarer les gendarmes.

Le samedi 26 février, à 23 heures, coup de fil de 9 minutes à la gendarmerie. L'homme, au bout du fil, donne son nom -François Darcy-, indique où il se trouve -un parking à Saint-Lambert-des-Bois, dans les Yvelines-. Il explique qu'on lui a tiré dans le dos, qu’il s’est évanoui et qu'à côté de lui brûle sa voiture, avec peut-être sa femme dedans.

L'homme, 46 ans, 2 mètres, 140 kilos, est conduit à l'hôpital. Une balle est retirée de son omoplate gauche. La voiture, une Audi avec un châssis en aluminium, a fondu. Le corps, installé sur ce qui reste du siège passager avant, est carbonisé.

Les enquêteurs remontent le fil du week-end du couple, week-end des presque dix ans de mariage, pas trop loin du domicile de Montigny. Le samedi soir, ciné, puis resto japonais. François et Sylvie Darcy quittent le restaurant à 21h30. Quelques minutes plus tard, besoin pressant de François, qui stoppe la voiture et c'est là, dit-il, qu'on lui tire dessus.

- Pourtant, même si le mari a bien une balle dans le dos, les gendarmes doutent de sa version des faits.

Ils en doutent parce qu'il y a cette balle, justement. Calibre : 5,56, autrement dit celui des armes de guerre, comme le Famas, le fusil d'assaut de l'armée française. Le mari affirme qu'on lui a tiré dessus depuis la route, à une quinzaine de mètres. Mais alors, la balle aurait dû lui éclater l'épaule, voire ressortir en faisant de gros dégâts. Or, si la balle a bien touché l'omoplate, elle ne l'a pas fracassée.

Et puis, les gendarmes de la section de recherches de Versailles découvrent que François Darcy est inscrit depuis un an à un club de tir et surtout, plus inhabituel, qu'il presse lui même ses munitions. Il aurait donc pu préparer une balle avec une charge de poudre suffisante pour pénétrer la chair, mais insuffisante pour causer de gros dégâts. D'ailleurs, des résidus de poudre ont été trouvés, qui accréditent un tir à bout portant, pas à 15 mètres. Hypothèse des enquêteurs : le mari joue au crime parfait, tue sa femme, se blesse et s'estime protégé par son statut de victime.

- Peut-on vraiment se tirer dans le dos, et puis, a-t-il un mobile ?

On peut toujours arriver à installer un dispositif pour se tirer dans le dos.

Mais premier souci : ni l'éventuel dispositif, ni l'arme n'ont été retrouvés. Les lieux ont pourtant été ratissés.

Deuxième souci : le mobile. Le couple ne roulait pas sur l'or, lui vivait un peu au-dessus de ses moyens, et enchaînait les petits crédits, mais rien d'alarmant. A priori, donc, pas l'argent comme mobile, et pas le sexe non plus.

Pour l'avocat de François Darcy, les enquêteurs ont construit intellectuellement leur dossier, qui comporte tout de même 300 pièces de procédure, et ne veulent pas envisager François Darcy en simple victime. Les gendarmes démentent ; ils ont même, un temps, affecté une équipe dont le seul objectif était de conforter les déclarations du mari ; ils n'y sont pas arrivés.

François Darcy est en prison à Fresnes et clame son innocence. Les gendarmes cherchent, eux, l'élément déterminant, celui qui sera la preuve que François Darcy est coupable d'avoir imaginé un crime presque parfait.

Une chronique de Franck Cognard

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