Suite à leur incarcération, plusieurs avocats parisiens se sont mobilisés.

Les avocats Ramazan Demir et Ayse Acinikli le soir de leur libération à Istanbul, le 7 septembre 2016
Les avocats Ramazan Demir et Ayse Acinikli le soir de leur libération à Istanbul, le 7 septembre 2016 © DR

Ce sont deux jeunes avocats qui ont à peine 30 ans. Elle, Ayse Acinikli, et lui, Ramazan Demir, ont été emprisonnés pour avoir simplement fait leur travail comme l'explique Jacques Bouyssou, avocat au barreau de Paris et membre du Conseil de l'ordre, qui a été mandaté avec trois autres confrères parisiens (Martin Pradel, Jennifer Halter et Rusen Aytac) pour accompagner les avocats turcs :

Ce qui leur est reproché, c'est, pour lui, d'avoir 'dénigré la Turquie' car il avait saisi à de nombreuses reprises la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Et, pour elle, d'avoir eu des conversations avec des clients en prison. Des clients qui se trouvent être des opposants au régime.

Le 16 mars dernier, ils sont 12 en tout à être arrêtés. Mais seuls Ramazan Demir et Ayse Acinikli resteront détenus. Leurs avocats ont rapidement demandé leur remise en liberté, mais lors de l'examen de ces requêtes, Jacques Bouyssou se souvient d'un climat délétère :

On était assez consternés de la manière d'instruire les débats et d'un certain nombre d'incidents qui ont émaillé l'audience comme la fermeture de la porte de la salle d'audience. Un procureur qui jette sa robe dans la salle de manière théâtrale. Je me souviens de la vice-bâtonnière de Paris qui était là et qui était effarée d'entendre un président dont elle se demandait si elle n'était pas en train d'aboyer. Ce n'est pas ce que l'on attend d'un Etat signataire de la convention européenne des Droits de l'Homme.

Malgré ces difficultés, les avocats parisiens se démènent. Ils saisissent le rapporteur spécial de l'ONU pour l'indépendance des juges et des avocats.

Et puis, à l'initiative de l'avocate Jennifer Halter, une campagne est lancée sur les réseaux invitant à écrire des cartes postales aux deux avocats emprisonnés. Des milliers de courriers vont ainsi déferler du monde entier.

Sur la présence d'avocats parisiens à Istanbul, il faut rappeler que le barreau de Paris a toujours eu un rayonnement international sur les questions de défense des avocats. Mais plus spécifiquement, il y a depuis 30 ans un lien particulier entre le barreau de Paris et les avocats turcs, comme le raconte Jacques Bouyssou :

Dans les années 80, quand la Turquie était sous la dictature des militaires, ces derniers ont arrêté le bâtonnier d'Istanbul, qui, comprenant qu'il n'avait plus aucun secours dans la société turque, s'est écrié : 'appelez le bâtonnier de Paris'. Le bâtonnier de Paris a répondu et est allé le défendre. Et depuis, il y a une tradition forte d'amitié entre Paris et Istanbul.

Aujourd'hui encore, être avocat en Turquie n'est pas sans danger, notamment quand il est question du sujet kurde. C'est même pire depuis la purge qui a suivi la tentative de coup d'Etat de juillet. L'avocat Martin Pradel rappelle que les poursuites contre les avocats sont nombreuses :

Il y a plusieurs centaines d'avocats qui sont poursuivis. Souvent, on leur reproche une relation de complicité avec leurs clients. Le fait de conseiller juridiquement une personne accusée de terrorisme, très souvent selon les autorités turques, est considéré comme un acte de complicité de terrorisme. La justice est instrumentalisée pour neutraliser des opposants.

D'ailleurs, la libération des deux avocats cette semaine ne met pas un terme aux poursuites :

Ramazan Demir, Ayse Acinikli et les 12 autres avocats continuent d'être poursuivis. Le risque pénal pour eux est très lourd puisqu'on est en matière de lutte antiterroriste, et la Cour est une Cour criminelle. Théoriquement ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Donc pour nous, le combat continue.

Une nouvelle audience est prévue le 22 novembre, mais cette fois, les deux avocats turcs comparaitront libres.

Les invités

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