Farid, Milton et Anis comparaissent au tribunal de Paris. Les dossiers s’enchainent mais les magistrats prennent le temps de les traiter au cas par cas.

Saisie de 100g de résine de cannabis lors d'une recherche de la gendarmerie
Saisie de 100g de résine de cannabis lors d'une recherche de la gendarmerie © AFP / Nicolas Cégalerba / Biosphoto

Ils s’appellent Farid, Milton et Anis. Ils ont 20 ans et des poussières. 

Farid. C’est un gardien d’immeuble de la rue du château des rentiers qui a prévenu la police en voyant son petit manège devant le local à poubelle. Les flics planquent. Repèrent l’homme au T-shirt orange. Puis un autre individu qui s’approche. Le premier tend un sachet, le second, un billet, et repart. Arrestations. Dans la poche de, l’acheteur, il y a un sachet de 2g et demi de cannabis, il aura un rappel à la loi. Pour Farid, c’est plus compliqué : il a un petit casier de voleur. Et chez lui, les enquêteurs retrouvent 3 sachets de 4 grammes et 750 € en liquide.

« Je les ai gagnés au casino d’Enghien » tente Farid dans le box, « je n’ai rien à ajouter ». 

« Mais vous reconnaissez la vente de cannabis ? » tente le président. 

« Ni oui, ni non » referme le prévenu. 

Le procureur demande 5 mois ferme. Le tribunal prononce 5 mois. 

« Monsieur, vous avez l’air un peu absent » s’interroge le tribunal. 

Anis est à la barre, le regard un peu vide effectivement. 

« Anis passe son temps à ne rien faire » a écrit le conseiller d’insertion qui s’occupe de lui depuis son arrestation en juillet dernier dans un square du 20è arrondissement. Un groupe de jeunes qui chahutent. Une patrouille qui passe par là. Anis prend la fuite. Un policier le voit se débarrasser d’un sac Vuitton. A l’intérieur : 16 pochons de cannabis, 63 grammes. Et dans les poches d’Anis : 310 €. 

« C’était l’argent de mon père pour m’acheter des fringues. Et le sac, il était pas à moi » proteste Anis. 

« Les policiers vous ont vu le jeter dans la rue » rectifie le juge. 

« Si ils m’auraient vu, ils m’auraient directement attrapé ». 

« Mais vous avez pris la fuite ! ». 

Pour le procureur, Anis a le profil d’une proie facile pour les trafiquants. Il réclame une peine d’avertissement : 4 mois avec sursis. 

« Vous avez compris ? » s’inquiète le président « vous avez l’air complètement ailleurs ! ». 

« Euh… non ». 

« Le procureur réclame une peine de 4 mois d’emprisonnement » réexplique le juge. 

« Je suis d’accord » répond Anis. 

« Vous êtes d’accord ? » s’étrangle le président « mais vous dites que vous êtes innocent ! ». 

Anis est condamné à 4 mois avec sursis. 

Milton est plus à l’aise qu’Anis à la barre. Il faut dire que c’est son troisième procès. Milton, c’est un banal contrôle d’identité. Sur lui, un demi-gramme de haschisch, 1 gramme de cocaïne et 190€. 

« C’était ma conso perso » explique le jeune homme, « 2 ou 3 joints par jour, et les 190€, c’était pour passer la nuit avec une fille. Mais tout ça, c’est du passé » assure Milton, « surtout depuis mon incarcération ». 

Car Milton sort de prison où il a purgé une ancienne peine pour vol. 

« Je voudrais jamais y retourner, je crois que cette fois, j’ai compris » promet-il. 

Ces dernières semaines, Milton a fait une formation d'agent de sécurité sur les voies ferrées, et il a arrêté de fumer des joints, il a même apporté un test de dépistage pour le prouver. 

« Il y a des choses préoccupantes dans ce dossier » résume le procureur, « mais il y a aussi des lueurs d’espoir. Je demande une peine qui le fasse aller de l’avant : 800€ d’amende ». 

Il sera condamné à 1 000€ d’amende. 

Milton avait un avocat mais pas Farid, ni Anis. C’était la grève. Le tribunal les a quand même jugés mais ce jour-là, les magistrats de la 10è chambre ont vraiment pris le temps d’examiner les affaires, d’entendre les prévenus et de prononcer des peines adaptées. Malgré la routine.

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