Par Benoît Collombat

Un employé de la mairie d’Amiens est mort sur un chantier et depuis plus de 10 ans, la famille de cet employé réclame justice.

Livre "Hector est mort" de François Raffin
Livre "Hector est mort" de François Raffin © Editions Fakir

Il pleut et il vente ce vendredi 22 février 2002, sur l’ancienne citadelle d’Amiens. Nous sommes dans les quartiers nord de la ville, au cœur de ce que la municipalité présente comme « un chantier d’insertion modèle » avec, notamment, la création prévue d'une Université.

Hector Loubota, 19 ans, employé en contrat d’emploi solidarité d’origine congolaise, travaille sur un échafaudage, quand soudain le mur qu’il est en train de démonter s’effondre ; il est englouti sous 600 kilos de pierre.

Sa famille dépose plainte. Y-a-t-il eu négligence en matière de sécurité sur le chantier ?

C’est ce que montre à l’époque le journaliste François Ruffin dans un journal local, Fakir , qui hérisse le poil de la municipalité dirigée alors par le ministre des Transports, Gilles de Robien.

Une contre-enquête que François Ruffin poursuit dans un ouvrage éclairant qui vient de paraître : Hector est mort , où l’on comprend pourquoi il est si difficile d'investiguer au niveau local quand des élus sont susceptibles d'être mis en cause.

- Où en aujourd’hui la procédure judiciaire dans cette affaire ?

Après 7 ans d’enquête et 4 juges d’instruction, un premier procès se tient en 2009. La responsabilité pénale de la municipalité est écartée. Seul un directeur de service de la ville se retrouve sur le banc des accusés, mais il est finalement relaxé, notamment grâce à ce coup de théâtre : à l'audience, son avocat brandit à la barre une lettre de l’architecte en chef des Monuments historiques adressée au Maire d'Amiens, avant l’accident. Une lettre qui réclame des études complémentaires sur le chantier.

Le maire écrit alors à l'un de ses adjoints : « Je ne suis pas certain qu’on ait besoin de l’architecte des Bâtiments de France. »

Pour l’avocat de la famille Loubota, Benjamin Sarfati, ce document montre bien où se situent les responsabilités.

C’est un document qui démontre que le fonctionnaire de la mairie qui a été mis en cause à l'issue de sept années d'instruction n'était, en réalité, pas décisionnaire. La responsabilité du maire consiste à avoir empêché qu'une expertise ait lieu, expertise qui, elle-même, aurait permis d'éviter la mort du jeune Loubota. En toute logique, qu'est-ce qu'on fait ? On poursuit les investigations du côté du maire. Et là ? Rien.

Une analyse que conteste l’avocat de Gilles de Robien, Hubert Delarue.

Cette expertise :

1) n'a jamais été refusée par Gilles de Robien

2) ce n'est pas une expertise de sécurité, ni une expertise à caractère technique

3) s'agissant d'une expertise architecturale et historique, est-ce qu'on avait besoin de payer 80 000 francs à Monsieur l'architecte des Bâtiments de France alors que le site en question n'était pas un site classé ?

En 2010, un deuxième procès a eu lieu en Appel, avec, à nouveau, la relaxe du fonctionnaire de la mairie.

Mais le dossier n’est pas clos, puisqu’à travers une citation directe, Gilles de Robien comparaîtra le 25 juin prochain pour homicide involontaire devant le tribunal correctionnel d’Amiens.

L’ancien ministre est désormais président du conseil d’administration du Bureau international du travail.

« Il était à coup sûr le mieux qualifié pour œuvrer au bonheur des travailleurs et veiller à leur protection », écrit ironiquement François Ruffin dans son livre.

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