L'essayiste d'extrême droite n'ira pas en prison. Ou du moins, pas dans l'immédiat. Le parquet a fait appel du mandat d'arrêt prononcé par la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris le 15 avril, estimant qu'il était dépourvu de fondement juridique. Les associations antiracistes sont furieuses.

Alain Soral a été condamné le 15 avril à un an de prison ferme pour négationnisme. Il n'était pas présent à son procès.
Alain Soral a été condamné le 15 avril à un an de prison ferme pour négationnisme. Il n'était pas présent à son procès. © AFP / Loïc Venance

À 60 ans, Alain Soral a déjà été condamné une vingtaine fois pour des faits similaires : provocation à la discrimination ou à la haine raciale, injure publique, apologie de crimes contre l'humanité, etc. L'une de ces nombreuses condamnations a fait couler beaucoup d'encre, ces trois dernières semaines.

Le 15 avril 2019, la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris condamne l'essayiste d'extrême droite à un an de prison ferme pour contestation de crime contre l'humanité. Il est reproché à Alain Soral d'avoir publié sur son site internet Égalité et Réconciliation les conclusions rédigées par son avocat Damien Viguier. Celles-ci reprennent notamment un dessin intitulé "Shoah où t'es" et font référence aux thèses de Robert Faurisson, négationniste notoire. 

Le tribunal assortit sa décision d'un mandat d'arrêt, Alain Soral ne s'étant pas présenté à l'audience. Cela signifie que même en faisant appel, l'essayiste aurait dû être incarcéré. "Pour la première fois Alain Soral ira bel et bien derrière les barreaux", avait ainsi réagi l'Union des étudiants juifs de France, partie civile dans ce dossier. 

Délit de presse / délit de droit commun

Sauf que le parquet de Paris a fait appel de ce mandat d'arrêt, l'estimant dépourvu de base légale : seuls peuvent être concernés des délits de droit commun. Or le délit de contestation de crime contre l'humanité relève de la loi sur la presse. 

Furieuses, plusieurs associations antiracistes publient le 6 mai une tribune sur le site de l'Obs, sous le titre "Heureux comme un antisémite en France". La réponse ne se fait pas attendre. Le lendemain, le procureur de la République de Paris, Rémi Heitz, publie à son tour une tribune

Il y explique qu'en tant que "garant des libertés individuelles et du respect de la légalité, le parquet n’avait pas d’autre choix que d’interjeter appel et de ne pas ramener à exécution ce mandat d’arrêt". Avant de souligner : 

La lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peut se passer de la stricte observation de la loi. Elle ne saurait prospérer en dehors de ce cadre.

Une justification loin de satisfaire Alain Jakubowicz, président d'honneur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). À ses yeux, la décision du parquet conforte les militants d'extrême droite et les négationnistes. 

Alors que nous nous gargarisons en France de dire que le racisme n'est pas une opinion mais un délit, le procureur de la République affirme le contraire. Il considère que c'est un délit d'opinion, un délit politique. Qu'il y ait un problème de droit, la cour d'appel aura à en juger, mais que le procureur vole au secours d'Alain Soral, c'est insupportable. 

Plusieurs représentants d'associations antiracistes plaident pour que les délits de contestation de crime contre l'humanité, d'incitation à la haine raciale sortent de la loi sur la presse, comme cela a déjà été fait pour l'infraction d'apologie du terrorisme. 

Alain Soral, lui, a répondu à la polémique à sa façon. En postant sur son site une photo de lui, samedi 4 mai, effectuant une quenelle (geste popularisé par son ami Dieudonné), devant le tribunal de Colmar. 

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