Le procès du terroriste Carlos s'ouvre lundi, devant la cour d'assises spéciale de Paris. Il est poursuivi pour l'attentat du Drugstore, en 74. Comment juger 43 ans après?

Illich Ramirez Sanchez, alias "Carlos", au Palais de Justice de Paris en 2013
Illich Ramirez Sanchez, alias "Carlos", au Palais de Justice de Paris en 2013 © AFP / Bertrand Guay

C'est le premier attentat commis sur le sol français après la fin de la guerre d'Algérie en 1962. En ce dimanche 15 septembre 1974, en fin d’après-midi, il y a foule au Drugstore Saint-Germain, une galerie marchande avec tabac et marchand de journaux. Les témoins voient un un homme jeter une grenade depuis le restaurant situé au-dessus de la galerie marchande. Le bilan est de deux morts, deux hommes de 27 et 49 ans, et 34 blessés, dont plusieurs enfants.

Le même jour, une voix avec un fort accent revendique l'attentat auprès des agences de presse, en le liant à une prise d'otages en cours à l'ambassade de France de La Haye aux Pays-Bas. Les preneurs d'otage sont des membres de l'armée rouge japonaise, qui demandent la libération d'un des leurs, arrêté à Paris. L'attentat aurait eu pour but de faire pression sur les autorités. Les terroristes japonais obtiendront d’ailleurs gain de cause.

Mais en 1983, faute d'identification formelle de l’auteur de l’attentat - même si l’on soupçonne déjà Carlos, qui s’est fait connaître en 75 avec la prise d’otages des ministres de l’OPEP - le juge d'instruction ordonne un non-lieu. On pense alors qu'il n'y aura jamais de procès pour l'attentat du Drugstore.

43 ans après, Illich Ramirez Sanchez dit Carlos, aujourd’hui âgé de 67 ans, va pourtant être jugé.

Car l’arrestation de Carlos en 1994 au Soudan, puis son extradition vers la France change tout. L'enquête est rouverte. Elle va traîner au rythme des revirements de procédure. Entre temps, Carlos est condamné deux fois à la perpétuité, pour des faits de 75 (le triple meurtre de la rue Toullier) et de 82-83 (série d’attentats). En 2010, la cour de cassation tranche définitivement : l'attentat du Drugstore n'est pas prescrit, puisqu'on peut considérer qu'il est lié aux autres activités terroristes menées en France par Carlos. Une « connexité » qui interrompt la prescription. Voilà pour le débat juridique. Mais peut-on juger des faits si anciens? Pas simple, explique Me Constance Debré, qui défend cinq personnes blessées dans l'attentat.

"Pour certaines victimes, elles sont partagées. Elles ont été troublées quand elles ont été informées de ce procès, cela leur rappelle cet évènement qui les a blessées il y a plus de 40 ans. Ça leur fait revivre des choses compliquées... Elles veulent, toutefois, que justice soit faite. Ce sera un peu un procès-test, en fait, pour savoir si on peut juger des attentats aussi anciens."

Le procès de Carlos devant la cour d’assises spéciale de Paris, c’est du 13 au 31 mars.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.