"Dans le prétoire" revient sur la situation de la justice en Turquie ce matin, et en particulier sur le sort des avocats.

Il y a un peu plus d'un an, nous vous racontions dans ce même prétoire la libération de Ramazan Demir après 155 jours de détention. Maître Demir était, comme des dizaines d'autres de ses confrères, incarcérés pour des faits de terrorisme. Son seul crime n'était pas d'être terroriste mais d'avoir défendu des hommes et des femmes accusés de terrorisme, accusés d'avoir soutenu le mouvement Guleniste à l'origine du coup d'état raté de l'été 2016. Aujourd'hui, Ramazan Demir est toujours sous contrôle judiciaire dans l'attente de son procès. Et il est venu à Paris cette semaine pour notamment remercier les nombreux avocats du barreau de Paris qui se sont mobilisés pour lui. 

"C'est de pire en pire chaque jour, notre profession est attaquée par les procureurs et le gouvernement tous les jours et la chasse s'intensifie. Les avocats français sont des exemples pour tous les autres dans le monde dans leur combat pour les droits des avocats."

Les avocats parisiens se rendent régulièrement en Turquie pour défendre leurs confrères. Et pour l'un d'entre eux, Martin Pradel, qui est aussi l'avocat du journaliste Loup Bureau détenu 51 jours en Turquie, c'est maintenant devenu dangereux de se rendre là-bas.  

« Jusqu’à présent, les autorités turques s’en sont pris à des journalistes et des universitaires étrangers, mais malheureusement, la Turquie est dans une situation de glissade qui pourrait conduire à ce que des avocats et des magistrats français et européens puissent être à leur tour incarcérés. »

Et la situation des magistrats en Turquie est elle-aussi alarmante : depuis 15 mois, 4 500 juges et procureurs ont été démis de leurs fonctions, 3 300 d'entre eux ont été jugés coupables dans un seul et même procès, presque tous jetés en prison et remplacés à la va-vite par des magistrats directement choisis par le gouvernement. 

« L'état de droit a disparu dans l'indifférence générale de l'Europe » constate Christophe Régnard, le président de l'Union Internationale des Magistrats. « Ce qui se passe en Turquie, ce sont des choses qui pourraient nous arriver aussi. On voit bien comment un  système qui allait vers plus de démocratie, tout d’un coup s’effondre et va droit dans la dictature. Et on a cette configuration très inquiétante dans d’autres pays : la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie. On continue à travailler à l’éventuelle adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne alors qu’on sait très bien que les principaux standards démocratiques ont disparu. Tout cela n’est pas très raisonnable. »

Nouveau signal de ce glissement progressif, hier, c’est le président de la ligue des droits de l’homme de Turquie et 3 autres membres de son bureau qui ont été arrêtés.  Les magistrats et avocats turcs comptent maintenant sur la vigilance de la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas laisser leur pays s'enfoncer un peu plus dans la dictature.

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