Le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement le 7 janvier dans le dossier de la filière djihadiste du Val de Marne, qui organisait des départs en Syrie en 2013. Après les attentats, les avocats de la défense craignent d'être devenus inaudibles.

Les défenseurs de djihadistes sont souvent de jeunes pénalistes, d'anciens lauréats du concours d'éloquence du Barreau de Paris. Chaque année, douze avocats prometteurs sont ainsi choisis et seront pour un an les commis d'office dans les affaires de terrorisme. Ils sont appelés en urgence pour la garde à vue d'un jeune qui rentre de Syrie ou qui voulait y aller. Ensuite, c'est le jeu du bouche à oreille ou de radio prison. Xavier Noguéras a une trentaine de dossiers de djihadistes, et il ne compte pas les abandonner, même si le 13 novembre il a été secoué d'une manière particulière :

J'avais tout envie de laisser tomber, ces dossiers-là je n'avais plus envie de les traiter. Ce n'est plus l'avocat qui parle, c'est le citoyen, qui sort dans les bars, boit de la bière et qui aime les concerts de rock. C'est par rapport au regard de mes proches, de mes amis, de mes confrères. Le sentiment qu'on se bat un peu pour rien... Mais voilà ce n'était qu'un temps et rapidement on a repris la conscience qu'il fallait continuer de les défendre, il faut bien que ces gens aient des défenseurs. Et puis on a énormément de choses à dire sur les échecs de cette société, la haine progressive de ces populations envers la France, nos Français, nos jeunes ! Et finalement ces départs massifs vers la Syrie sont aussi la conséquence logique d'un certain nombre de carences, qu'il va falloir le plus rapidement possible essayer de soigner. Après, je ne suis ni politologue ni philosophe, je suis avocat : mon métier consiste à analyser et défendre les droits des individus.

Des avocats qui ont le sentiment d'être devenus inaudibles. Leur crainte : que la justice n'applique des peines d'emprisonnement maximales, par précaution, puisqu'il est bien difficile d'évaluer la sincérité ou la dangerosité des jihadistes, même quand ils se disent repentis. Pourtant, estime Xavier Noguéras, ces hommes qui ne sont restés que quelques semaines en Syrie au printemps 2013 ne sont pas tous des terroristes en puissance :

Ce n'est pas parce que vous allez en Syrie que vous revenez mettre des bombes. Par contre, plus on avance plus la menace existe. C'est une problématique qui existe depuis 2013. Les gens qui reviennent tardivement ont été exposés à de l'endoctrinement, de l'idéologie, et reviennent avec effectivement je pense des velléités. Mais, avant ceux-là, il y a des dizaines de dossiers qui vont arriver, des jeunes pour lesquels il n'y a pas de dangerosité particulière.

Certains avocats ont aussi souligné le manque de programme de déradicalisation, et ont plaidé pour que malgré le contexte sécuritaire, la question de la réinsertion ne soit pas totalement oubliée.

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