Le procès de l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy pour "corruption" et "trafic d'influence" s'est achevé le 10 décembre. Une première historique, mais qui ne fut pas vraiment à la hauteur.

Nicolas sarkozy et son avocate Me Jacqueline Laffont
Nicolas sarkozy et son avocate Me Jacqueline Laffont © Maxppp / Alexis Sciard

Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog, et l'ancien magistrat Gilbert Azibert étaient poursuivis pour corruption et trafic d'influence devant la 32e chambre du tribunal de Paris, du 23 novembre au 10 décembre. L'accusation a requis 4 ans de prison, dont 2 assortis de sursis, contre les trois prévenus. Mais malgré ce casting, le procès s'est révélé plutôt décevant.

Premier constat : des audiences difficiles à résumer 

Le coeur du sujet, c'était de savoir si Gilbert Azibert, qui en 2014 était magistrat à la cour de cassation, avait récupéré des informations confidentielles pour les transmettre à Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy. On a donc plongé dans le fonctionnement de la cour de cassation, essayé de comprendre la différence entre l'avis du conseiller rapporteur, qui est secret, et le rapport du même conseiller rapporteur, qui, lui, ne l'est pas. On a parlé procédure pénale, irrecevabilité du pourvoi de Nicolas Sarkozy dont les agendas avaient été saisis, circulation de l'information entre avocats généraux à la chambre criminelle et à la chambre civile...

Pour comprendre l'histoire des agendas, il fallait aussi replonger dans l'affaire Bettencourt. Expliquer, aussi, que les écoutes téléphoniques qui ont lancé toute l'affaire avaient été ordonnées dans le cadre d'une autre instruction, menée par le juge Tournaire, sur le supposé financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Sans oublier, pour finir, la polémique autour du parquet national financier (PNF), pour avoir ouvert dans cette affaire une enquête parallèle, cachée à la défense pendant 6 ans, et qui a pollué toute l'audience. Autant d'enjeux complexes et entremêlés, rendant l'exercice de la chronique judiciaire à la radio, dont le temps est limité, à la limite de la mission impossible.

Deuxième constat :  l'absence de débats devant le tribunal

C'est la plus grosse déception. En tant que chroniqueur judiciaire, ce que l'on attend d'un procès, c'est que quelque chose émerge de l'audience. Ici, campait d'un coté une défense extrêmement remontée, à cause de l'enquête secrète du PNF, qui a notamment épluché les fadettes de dizaines d'avocats, dans le but d'identifier une taupe ayant informé Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy que leur ligne secrète "Bismuth" était sur écoute. L'enquête, classée sans suite au bout de six ans, n'a été communiquée à la défense qu'en janvier 2020, après de multiples demandes. C'est à propos de cette enquête préliminaire, dont l'existence avait été révélée en juin dernier par Le Point, qu'Eric Dupond-Moretti, avant qu'il ne devienne garde des Sceaux, avait parlé des "méthodes de barbouzes" du PNF.

De l'autre, deux procureurs du PNF pétrifiés par la crainte que l'audience dérape, ou gênés, peut-être, d'assumer certaines méthodes du PNF dans cette affaire. Même sans en être directement responsables, on les sentait quelque peu coincés. Résultat, la présidente Christine Mée laissait les prévenus s'exprimer à loisir, avant les questions, limitées, des procureurs. Ils sont restés sans réaction face à la morgue de Gilbert Azibert, qui refusait à plusieurs reprises de leur répondre. Face à Thierry Herzog, le contre interrogatoire durait à peine une demie-heure, donnant le sentiment que l'accusation jetait l'éponge.

D'où l'étonnement d'entendre, mardi 8 décembre, un réquisitoire de près de 5 heures, nourri de schémas, de démonstrations élaborées, et de mots extrêmement durs envers les 3 prévenus, pointant les "effets dévastateurs" de cette affaire. "On a laissé penser que les institutions judiciaires pouvaient succomber à ceux qui ont le pouvoir et les réseaux pour l'exercer" a ainsi dit Jean-Luc Blachon. C'est peu de dire qu'on aurait aimé les voir avant, ces démonstrations, les entendre plus tôt, ces indignations éthiques, et que les prévenus y soient confrontés, pour que quelque chose se passe : ça ne s'est pas passé. Chacun est resté dans son couloir, les prévenus n'ont quasiment jamais été mis en difficulté, Nicolas Sarkozy a assuré le spectacle, comme il sait très bien le faire, et l'accusation a balancé son tapis de bombes une fois les interrogatoires finis. 

Le plus intéressant se passait dans la salle

Heureusement, pour qui on aime le spectacle de la comédie humaine, le ballet autour de l'ex président était amusant à observer. Ses deux officiers de sécurité, assis au premier rang, oreillette apparente. Deux chargés de  communication, présents en permanence pour assurer une certaine fluidité dans les relations entre Nicolas Sarkozy et les nombreux journalistes présents. On était, sur ce plan, aux antipodes du procès de François Fillon l'an dernier, où le mieux que pouvait espérer la presse étaient ses regards noirs. 

Nicolas Sarkozy, lui, adore discuter et ne s'en prive pas aux suspensions d'audience. On a vu aussi affluer et refluer, selon les jours, les journalistes politiques, les avocats pénalistes, venus en grappe soutenir leur collègue Thierry Herzog, les amis, Francis Szpiner glissant discrètement un cigare à Nicolas Sarkozy, Alain Finkielkraut venu passer une tête le dernier jour ; la famille, le fils avocat de Thierry Herzog, Jean et Pierre Sarkozy, les fils aînés de l'ancien président, et enfin Carla Bruni-Sarkozy, présente pour écouter la plaidoirie de Jacqueline Laffont. Carla Bruni-Sarkozy dont la présence attirait tous les regards, et qui suscitait cette question essentielle : mais quelle est la marque de son sac à main ?

Entre chronique judiciaire impossible et potins people, c'était ça, en fait, le procès Bismuth.

L'équipe