Loyers, crédits à la consommation, litige avec des artisans : c’est l’audience des impayés. Dans le prétoire du plus gros tribunal d'instance de France en terme de bassin de population, à Longjumeau (Essonne) et où les audiences se déroulent dans des préfabriqués : le bâtiment principal est complètement délabré.

Le bâtiment du tribunal d'instance de Longjumeau.
Le bâtiment du tribunal d'instance de Longjumeau. © Radio France / Jean-Philippe Deniau

C'est le plus gros tribunal d'instance de France en terme de bassin de population. Une jolie demeure bourgeoise. Jolie mais délabrée. Avec un arrêté de mise en péril. Pas d'argent pour les travaux. Alors, les audiences se déroulent dans des préfabriqués. Dans la salle, on a installé des seaux pour récupérer l'eau qui coule du plafond quand il pleut. Ici, on juge tous les litiges qui portent sur des sommes inférieures à 10 000 euros, on juge aussi les crédits à la consommation et les loyers impayés quel qu'en soit le montant. L'audience démarre à 9h mais les avocats arrivent dès 8h15 car c'est la règle du "premier arrivé, premier servi". Et hier, il y avait 72 dossiers au rôle. 

Impayés, créances et prêts

Le numéro 60. David n'a pas payé son loyer depuis un an. Le bailleur social lui réclame 3 470 euros. David explique qu'il a eu un accident de la route, qu'il a été arrêté 6 mois, qu'il a eu peur de perdre son emploi, et qu'en même temps, il devait s'occuper de son père qui n'allait pas bien. Mais il rassure le tribunal : tout va mieux maintenant, d'ici décembre, il va toucher 12 000 euros d'indemnités, il va pouvoir rembourser. 

Gilbert, lui, a une créance de 7 700 euros auprès d'un organisme de crédit. Gilbert ne comprend pas grand-chose à toute la paperasse qu'il a reçue, il n'a pas répondu aux courriers. Il a tenté de téléphoner mais aucun de ses appels n'a abouti. Gilbert est en invalidité, bientôt à la retraite, il ne touchera plus que 400 € par mois, "même pas !" précise-t-il, "ça va être chaud". La présidente lui conseille d'aller voir une assistante sociale et d'ouvrir un dossier de surendettement. Il est 11h. 

30 dossiers sont passés. Les avocats patientent sagement. Sur son smartphone, ma voisine feuillette le site de La Redoute. Une autre lit Fin de ronde de Stephen King.  

"Les histoires d'amour finissent mal en général."

Dossier numéro 12. Rodrigue est à la barre. Avec sa compagne, ils ont ouvert un prêt à la consommation il y a deux ans. 35 000 euros d'impayés à ce jour. Entre temps, le couple s'est séparé, parce que "les histoires d'amour finissent mal en général", philosophe l'avocat. Mais le pire, c'est que Rodrigue affirme qu'il n'était pas au courant de ce prêt, qu'il ne l'a jamais signé. Que c'est Madame qui a fait ça dans son dos. Pour preuve de sa bonne foi, il a fait réaliser une expertise graphologique et a porté plainte contre son ex-compagne. La BNP reconnait la supercherie et se retire de la procédure contre lui. Mais pas contre elle bien entendu.

Soudain, une sonnerie de portable retentit. "C'est la musique de La Chèvre ça ?" demande la présidente. "Non, c'est Le grand blond" répond une femme dans le public. Toute la salle acquiesce. On reprend l'audience.

Avec parfois des litiges qui paraissent dérisoires. Comme cet allocataire poursuivi par Pôle-Emploi pour un trop-perçu de 228 euros en 2016. "Je ne considère pas devoir cette somme" se défend le prévenu, "je demande l'annulation de la dette mais sinon, je la paierai, il n'y a pas de souci" promet-il un peu désabusé. Fin d'audience. Le greffier repart avec la pile des 72 dossiers du jour. La présidente se retire pour juger, seule. Elle rendra ses décisions le 12 décembre. 

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