Alors que la magistrature est aujourd'hui à 67% féminine, l'histoire n'a pas retenu le nom de la première magistrate française, nommée en 1946 à la Cour de cassation. Gwenola Joly-Coz, présidente du TGI de Pontoise et co-fondatrice de l'association Femmes de justice a entrepris de la sortir de l'oubli.

Gwenola Joly-Coz, présidente du TGI de Pontoise et co fondatrice de l’association Femmes de justice
Gwenola Joly-Coz, présidente du TGI de Pontoise et co fondatrice de l’association Femmes de justice © Radio France / Sara Ghibaudo

La plus grande salle d'audience du TGI des Batignolles à Paris porte désormais le nom d'une pionnière méconnue: Charlotte Béquignon-Lagarde. Les Françaises obtiennent en 1900 de pouvoir plaider comme avocates, on connait d'ailleurs mieux Jeanne Chauvin, mais il faut attendre 1946 pour que la magistrature leur soit ouverte. 

Née en 1900, Charlotte Béquignon-Lagarde fut donc à la sortie de la guerre la première femme magistrate, propulsée directement à la Cour de cassation. Un peu pour le symbole, mais surtout parce qu'elle était déjà la première agrégé-e de droit. Gwenola Joly-Coz, présidente du Tribunal de grande instance de Pontoise et co-fondatrice de l'association Femmes de justice, veut sortir Charlotte Béquignon-Lagarde de l'oubli. Elle a rencontré son fils pour reconstituer son parcours, et a exhumé quelques anecdotes qui racontent aussi l'évolution de la condition des femmes:

"Charlotte Béquignon-Lagarde est encore à l'époque soumise à l'incapacité de la femme mariée. Donc elle ne peut s'inscrire seule au concours de l'agrégation, elle doit demander l'autorisation de son époux, et ensuite aller rendre des visites, d'usage à l'époque, à ceux qui seront ses examinateurs. Et l'un d'entre eux va lui dire qu'elle ferait mieux de rester à la maison, qu'elle n'a sans doute rien à faire dans le professorat. Finalement on pense à Charlotte Béquignon-Lagarde, qui quand même a été la première agrégée des facultés de droit donc qui est quelqu'un de très reconnu dans le milieu juridique, pour entrer la première dans le milieu judiciaire. Elle est intégrée directement à la Cour de cassation où elle va naturellement rejoindre la chambre sociale... car elle était elle-même spécialiste de ces questions. Elle va y rester 19 ans. Deux caractéristiques à ces 19 années : d'abord qu'elle ne sera jamais nommée présidente de chambre, et elle restera 19 ans à la Cour de  cassation sans autre femme pour la rejoindre."

Depuis, la justice s'est beaucoup féminisée. Il y a cette année 75% de femmes parmi les jeunes magistrats diplômés. Toujours beaucoup moins de femmes dans la hiérarchie : au 1er janvier 2017, il n'y avait que 38% de femmes parmi les chefs de cour et de juridiction, et seulement 28% parmi les procureurs. Une proportion qui a toutefois doublé en dix ans, même si cela progresse moins vite que la féminisation globale de la magistrature, très marquée depuis les années 90. La bascule c'est 2002, on passe à plus de 50% de femmes. Avec  quelques stéréotypes bien ancrés: elles sont devenues plus vite juges des enfants et juges aux affaires familiales que procureures ou juges d'instruction. Si elles accèdent moins vite aux plus hauts postes, l'un des facteurs est peut-être une plus faible mobilité géographique. Un magistrat même père de famille hésiterait moins à passer la semaine loin de chez lui pour venir diriger un parquet ou un tribunal, petit, puis moyen, puis grand.   Une haute fonctionnaire à l'égalité femmes-hommes a été nommée l'année dernière pour donner une nouvelle impulsion dans ce domaine. La justice réfléchit en ce moment à la féminisation des titres, pour en finir avec "madame le juge" ou "madame le procureur". Au ministère on se demande aussi désormais comment attirer les hommes vers le métier de magistrat.

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