Retour sur le procès d'une grande lessiveuse, le dossier baptisé "Virus" par les enquêteurs, qui se termine aujourd'hui. Et qui démontre à sa manière qu'il n'y a pas de délinquance "en col blanc".

Le procès aura lieu au Tribunal correctionnel de Paris
Le procès aura lieu au Tribunal correctionnel de Paris © Radio France / Catherine Grain

C'était l'intérêt de cette audience commune, devant le tribunal correctionnel de Paris : montrer qu'il n'y a pas de l'argent sale, issu du trafic de drogue, et de l'argent qui n'a pas été déclaré au fisc, et qui serait moins sale. Les deux passent dans les mêmes circuits de blanchiment.

Au départ, les policiers de l'OCRGDF suivent des tonnes de cannabis entre l'Espagne et la région parisienne. Un travail de fourmi, avec plus d'une centaine de lignes téléphoniques sur écoute. Puis ils se retrouvent à suivre des sacs en plastiques, pleins de petites coupures. Un sac avec les recettes de la drogue est remis à un collecteur à une porte de Paris, puis à l'homme de confiance d'un banquier suisse (qui est aussi son frère). Celui-ci va à son tour le donner, dans un beau quartier de la capitale, à une personne qui a un compte en Suisse, et qui ne sait pas comment retirer cet argent. Le tout, parfois dans la même journée. Le trafiquant de drogue lui, va recevoir un virement de Suisse sur un compte à l'étranger ou des dirhams au Maroc via un courtier occulte, le saraf.

Le visage de la criminalité organisée moderne

Les fraudeurs du fisc utilisent donc l'argent de la drogue. Les traces de cannabis retrouvées sur les billets le prouvent, même si les évadés fiscaux ne le savaient pas.  Le système est bien cloisonné. "C'est le visage de la criminalité organisée moderne" a dit la procureure, qui mélange système traditionnel et finance moderne. La tradition, c'est le transfert de fond via la hawala, c'est le nom arabe mais le système existe aussi en Asie, et remonte au Moyen-Age. Rapide, efficace et quasiment intraçable, il ne pouvait qu'attirer les malfaiteurs. Ces systèmes permettent d'évacuer l'argent de la prostitution vers le Nigéria ou l'argent de la cocaïne vers la Colombie et le Mexique.

Dans l'affaire Virus, le saraf marocain avait deux sortes de clients: les trafiquants de cannabis, et des entrepreneurs qui veulent acheter du textile chinois sans payer les droits de douane. A Paris, l'argent liquide avait donc deux destinations: les évadés fiscaux, et des commerces asiatiques, qui avaient une salle cachée avec compteuse de billet.

La finance moderne, dans ce dossier, est encore en Suisse. L'officine GPF SA, qui gérait les fonds d'évadés fiscaux, se trouvait dans un des plus beaux immeubles de Genève.  Mais peut-être plus pour  longtemps. En 2012, au moment des interpellations, le secret bancaire suisse est en train de céder sous la pression internationale. Le patron Meyer El Maleh était en train de délocaliser l'activité aux Bahamas. Il avait recueilli quelques clients de la banque HSBC, où travaillait un autre frère, après l'affaire Falciani. Et il offrait toute la gamme de services de blanchiment., comme des trusts, des sociétés écrans au Panama. 

La secrétaire a raconté comment elle avait tapé avec une antique machine à écrire de faux contrats de prêts anti-datés pour justifier l'origine des fonds. La procureure a demandé jusqu'à neuf ans de prison, des amendes d'un million d'euros et des confiscations de biens (dont des appartements avenue de Ségur ou avenue Montaigne à Paris). Les évadés fiscaux, pour la plupart, comme l'ancienne élu écologiste de Paris Florence Lamblin, ont choisi de payer leurs arriérés d'impôts et de plaider coupable. Le jugement sera rendu le 19 octobre.

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