Psychanalyse
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Le tribunal correctionnel de Paris a achevé hier soir l'examen d’un dossier de faux souvenirs induits. Depuis mardi, un thérapeute comparaissait pour abus de faiblesse.Ils est soupçonné d'avoir arnaqué des patients avec cette méthode qui consiste à leur faire croire que les problèmes qu'ils rencontrent sont dus à une agression sexuelle qu'ils ont subie très jeune et dont ils ne se souviennent plus.

Et dans ce premier dossier jugé en France, Sophie et Bernard, les plaignants, ont dépensé 230 000 euros de thérapie pendant 12 ans pour elle, 750 000 euros pendant 22 ans pour lui. Car la méthode du souvenir induit a ceci de particulier qu'il créé, parfois dès la première séance, un état de dépendance entre le thérapeute et son patient.

Ce dernier va apprendre comme une révélation que tout son mal-être vient en fait d'un traumatisme qui lui était caché et que seul le thérapeute va pouvoir mettre au jour et combattre. Il est donc pris dans l'engrenage des séances à 320 euros de l'heure, des sessions de revécu qui durent jusqu'à 5 semaines jour et nuit dans un univers de dénuement, de privations et de souffrances, le tout pour 70 000 euros. Il y a également les comptes-rendus écrits, eux aussi facturés, 50 euros la page. Oui, tout se paye, même quand le patient se permet d'aller aux toilettes, c'est 75 euros. Et le pire, quand le pseudo-thérapeute qui se dit humanothérapeute use de son influence pour imposer des caresses et des pénétrations sur ses patientes. Oui, là aussi, ce sont elles qui payent : 320 euros.

Benoît Yang Ting n'était pas à son procès cette semaine, il souffre d'une maladie de Parkinson à un stade qui, visiblement, ne lui permet plus de comparaître. Mais le tribunal a lu ce qu'il avait expliqué à l'instruction. Il a nié les relations sexuelles. Il a nié l'emprise qu'il aurait exercée sur eux. « Le patient est libre », répète-t-il, « je cherche uniquement à le comprendre, c'est lui qui choisit d'adhérer à ma méthode. S’il paye, c'est que c'est bon pour lui. Et si il m'accuse aujourd'hui, c'est parce qu'il a encore très mal » . Inutile de le chercher, même sur le terrain de la déontologie, Benoît Yang Ting répond qu'il en a une, mais qu'elle est spontanée.

- Vous nous parlez d'arnaque financière, d'emprise, de domination, et même d'agression sexuelle. Et pourtant, la justice n'y voit qu'un abus de faiblesse !

Oui, il y a en effet tous les ingrédients d'une micro-secte. D'ailleurs, comme dans la secte du Temple Solaire, Sophie et Bernard étaient des jeunes gens fragiles certes, mais aussi des personnes à l'intelligence développée. Elle, est avocate et lui, est un expert international en management, et on ne comprend pas bien comment ils ont pu rester ainsi sans réagir pendant 10 ou 20 ans.

Alors bien sûr, la justice aurait pu accuser le pseudo thérapeute d'emprise sectaire, d'escroquerie, et même de viol avec un procès en cour d'assises. Mais dans ce type d'affaire qui repose essentiellement sur des témoignages et non des preuves, l'abus de faiblesse avait davantage de chances d'être traité convenablement et rapidement. Et avec ce procès, Sophie et Bernard ont eu la satisfaction de pouvoir mener jusqu'à son terme la reconnaissance du traumatisme de toutes ces années gâchées.

Une chronique de Jean-Philippe Deniau

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