Il y a trop d'avocats à Paris, ou plutôt, il va bientôt y en avoir trop. C'est le constat d'une étude inédite menée par le barreau de Paris qui compte aujourd'hui 25 600 avocats. Or si le rythme des formations actuelles se maintient, il y aura jusqu'à 35 000 avocats en 2020.

les avocats en grève vendredi contre le budget de la justice
les avocats en grève vendredi contre le budget de la justice © reuters

Cela pourrait poser problème car c'est une profession très attirante, car chacun rêve de devenir Maitre Joséphine Karlsson, Audrey Fleurot dans Engrenages , ou Maître Leo Demarsan, Benoit Magimel dans L'Avocat . Chacun s'imagine un jour plaider comme Hervé Témime ou Eric Dupond Moretti, décrocher les clients les plus prestigieux ou les plus affreux, défendre les causes les plus nobles ou les moins défendables et même claquer nonchalamment la portière arrière de sa limousine avec chauffeur sous les crépitements des appareils photos et les suppliques des journalistes : "Maître, qu'a dit votre client, s'il vous plait, Maître, une réaction, Maître !".

Sauf que la réalité quotidienne de l'avocat est toute autre

La fiction et les médias sont, en effet, dans ce domaine des miroirs déformants ne reflétant la réalité que d'une infime partie de la profession. Le gâteau est certes énorme, mais il va bientôt y avoir trop de convives pour le partager estime Maître Kami Haeri, membre du conseil de l'Ordre de Paris et auteur de ce rapport inquiétant :

« Trop » en ce sens que nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’une forme de précarité chez les avocats et chez les jeunes avocats. Il y a plus de 6.000 avocats qui déclarent moins de 17.000 euros de revenus par an. Pour autant, il ne faut certainement pas décourager les étudiants en droit. Néanmoins, il faut que nous soyons plus sélectifs. D’où l’idée de restreindre le nombre d’épreuves pour que les avocats soient sélectionnés sur une très bonne connaissance du droit civil, des procédures et des libertés fondamentales. Le rapport n’aborde pas le numerus closus et j’y suis personnellement opposé, parce que c’est une position radicale, définitive. Il vaut mieux travailler sur la réalité de l’épreuve et faire en sorte que nous sélectionnions les meilleurs.

C’est un cri d’alarme, car nous n’avions pas ces chiffres avant. En réalité, les universités forment les élèves pour rentrer dans la profession et c’est donc avec les universités que nous devons travailler. Et ce rapport a peut-être le mérite de recréer les conditions de ce débat qui longtemps été tabou. Comme s’il était interdit de parler de l’accès à la profession. J’espère que cela va aboutir et nous irons en tous cas à la Chancellerie. On n’a pas le choix aujourd’hui.

Une image, encore, pour illustrer ce trop plein d'avocats: savez-vous par exemple qu'il y a aujourd'hui à Paris 1 avocat pour 86 habitants ? Et pendant ce temps, d'autres professions du droit sont complètement délaissées.

A l'Ecole de la Magistrature, à Bordeaux, on a réussi cette année enfin, pour la première fois depuis 5 ans, à remplir la promotion avec 214 apprentis magistrats. Comme quoi, il y a des robes noires plus faciles à enfiler que d'autres

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