la cour de strasbourg donne raison à paris match contre albert de monaco
la cour de strasbourg donne raison à paris match contre albert de monaco © reuters

Au sujet de cette victoire de Paris-Match devant la Cour européenne des droits de l'Homme. L'hebdomadaire avait été condamné en France pour avoir, en 2005, révélé l'existence et publié les photos d'Alexandre, l’un des enfants naturels du Prince Albert de Monaco.

Les tribunaux français avait alors fait valoir le respect de la vie privée, mais la CEDH a tranché hier : la liberté d'informer est plus importante.

La cour de Strasbourg parle d'un « intérêt légitime du public à connaitre l'existence de cet enfant et à pouvoir débattre de ses conséquences éventuelles sur la vie politique de la Principauté ».La cour note ensuite que l'existence de cet enfant avait déjà été révélée quelques jours plus tôt en Grande-Bretagne et en Allemagne, dans des journaux qui n'ont pas été condamnés pour cela.

Enfin, la Cour Européenne des Droits de l'Homme relève que s'il y a eu une atteinte à la vie privée du Prince, on doit prendre en considération la volonté manifeste de la mère de révéler l'existence d'Alexandre et que « ce droit à la liberté d'expression » devait l'emporter.

Peut-on en déduire que d'une manière générale, l'analyse de la Cour Européenne des Droits de l'Homme est plus permissive que celle des tribunaux français ?

En France, on considère qu'un personnage public doit bénéficier de la même protection de sa vie privée que n'importe quel citoyen. La CEDH a plutôt tendance à dire que le personnage public a des droits, mais aussi des devoirs. Nous sommes là quasiment au cœur d'un conflit culturel : les latins contre les anglo-saxons.

C'est ce qu'analyse l'avocat spécialiste du droit de la presse Richard Malka :

BOB : « Le droit n’est qu’une question de culture (…) et n’intéresse pas le public »

Cette décision va forcément influencer les juges français dans l'affaire des photos publiées dans Closer.. et qui ont révélé la liaison de François Hollande avec Julie Gayet. Même si nous ne sommes pas dans le même cas de figure que l'affaire du Prince Albert, puisque ni François Hollande, ni Julie Gayet n’ont contribué à la révélation de leur liaison. Mais on a bien vu que, dans cette affaire, la justice a mené une enquête implacable pour connaitre à tout prix l'auteur de la photo, pas moins de 4 personnes vont comparaitre devant le tribunal de Nanterre dans moins de 3 semaines, ils risquent jusqu'à un an de prison, Julie Gayet a dénoncé par la voix de son avocat le harcèlement dont elle était victime : « une traque, une chasse à courre » a lancé Me Enocchi.

En face, le magazine Closer devrait revendiquer son droit à informer le public sur la vie privée du Président de la République.

Le tribunal de Nanterre, puis la cour d'appel de Versailles, puis la cour de cassation peut-être et pourquoi pas dans une dizaine d'années la Cour Européenne des Droits de l'Homme, devront répondre à cette question éminemment complexe : où se situe le curseur du débat d'intérêt général ?

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