Par Sara Ghibaudo

trois djihadistes interpellés
trois djihadistes interpellés © reuters

Le tribunal correctionnel de Paris juge cette semaine huit jeunes Français d'une filière jihadiste. Deux d'entre eux avaient été arrêtés en janvier 2011 au Pakistan.

Ils espéraient rejoindre un groupe taliban à la frontière afghane, dans les montagnes du Waziristan. Leur itinéraire : Bruxelles, Rome, Doha, Lahore où les attend un facilitateur. Rendez-vous à la gare routière en jean, barbe rasée surtout, une bouteille d'eau dans la main gauche. Ils sont partis avec leurs maigres économies et des vêtements de randonnée.

Les deux Français, 21 et 24 ans à l'époque, sont arrêtés dès leur arrivée par les autorités pakistanaise, interrogés, battus puis renvoyés à Paris.

L'interpellation du facilitateur permet au Pakistan de mettre la main, deux jours plus tard, sur Omar Patek, qui est considéré comme l'artificier des attentats de Bali. Preuve que ces pieds-nickelés du jihad avaient trouvé une bonne filière.

  • Quel est le profil de ces jihadistes?

Ils sont nés dans la région parisienne pour la plupart. Quatre n'ont pas d'antécédents judiciaires. Ils sont chômeurs, salariés ou étudiants. Pour certains, une rupture familiale, professionnelle et un sentiment d'échec ont pu jouer. Ils ne viennent pas de familles très pratiquantes ; il y a même un jeune Breton converti.

Au départ, il y a un terreau favorable, fait de convictions religieuses même récentes, et d’un intérêt pour l'actualité, surtout pour les souffrances des musulmans dans le monde, voire pour les théories du complot. L'un d'eux reconnait une fascination pour les armes, kalachnikov en particulier. En quelques mois, ils vont se radicaliser.

- Comment s’est fait leur basculement vers le djihadisme ?

Le procureur et les avocats de la défense sont d'accord là-dessus : il y a un effet de groupe assez classique. Un homme qu'on pourrait qualifier de gourou. Il est Indien, émigré en France en 2008. C'est lui qui a trouvé le contact avec le groupe taliban. Il est secondé par deux "émirs" qui recrutent des candidats souvent sur les réseaux sociaux.

Le week-end, direction le parc d'Argenteuil ou de La Courneuve pour des séances d'endoctrinement et de préparation physique : footing, pompes... Les cours de kung fu sont encouragés. Il faut arriver au Pakistan "pas trop ramolli" expliquera un participant. Il est aussi conseillé de dormir sur le sol, de prendre des douches froides, d'apprendre à faire à manger et à faire sa lessive à la main.

Les futurs jihadistes cherchent des logiciels spécialisés pour échapper à la surveillance policière et s'échangent des vidéos violentes. L'entrainement culmine dix jours avant le départ des deux premiers candidats, avec une séance d'égorgement de lapins. Certains disent avoir eu des doutes, mais qu'ils ne pouvaient plus faire marche arrière.

Jusqu'où seraient-ils allés ? Ils voulaient apprendre à manier les armes, les explosifs, parfois combattre les Américains. Certains évoquent un voyage sans retour, mais en général, l'idée de commettre un attentat suicide ne tente personne.

Quid de leur retour en France? Le procureur a fait le parallèle avec le groupe qui, il y a un an, a lancé une grenade sur une épicerie juive à Sarcelles. Il a cité Mohamed Merah. Ici, les huit prévenus ont été arrêtés avant. Mais avant quoi ? On ne le saura jamais...

Le procureur a requis entre deux et huit ans de prison. Le jugement est mis en délibéré.__

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