Aux compas, on n'a pas le temps de s’intéresser à la situation des prévenus qui comparaissent. Le tribunal ne dispose la plupart du temps que d’un rapport de police pour se faire son jugement. Dommage, car on aimerait en savoir plus sur Boumédiène, un SDF de 48 ans qui fait souvent la manche dans la rue Damrémont.

Prévenu arrivant à l'audience
Prévenu arrivant à l'audience © Radio France / Matthieu Boucheron

Une nuit, Boumédiène a grimpé sur le toit d’un supermarché, et pénétré par le balcon dans un appartement inoccupé du premier étage. Il a fouillé un peu partout, récupéré une enceinte connectée, un lecteur de DVD, un appareil photo, une télé. Certainement dans l’espoir de les revendre à un acheteur peu regardant. Dans la chambre, il a même échangé ses vieux vêtements contre des habits tout neuf et propres. Mais au moment de repartir, une voisine d’en face a observé son curieux manège, et appelé la police. Boumédiène s’est fait cueillir comme un bleu.  

Au tribunal, Boumédiène raconte un peu sa vie. Il y a deux ans, il avait encore un travail à Montmartre. Lequel ? On ne le saura pas. Puis il a eu un accident, il a perdu son boulot. Quel accident ? On ne le saura pas. Sa femme l’a quitté, il ne voit quasiment plus ses enfants. Boumédiène a gardé son appartement rue des Cloÿs, mais il ne paye plus le loyer et il n’y dort plus. Pourquoi ? On ne le saura pas. Aujourd’hui, il vit dans la rue, il prend des médicaments, trop, dit-il. Mais on ne saura pas lesquels ni pourquoi. Dans le rapport de police, des gens ont dit que Boumédiène était parfois agressif quand il faisait la manche. Ils ont dit qu’il ne devait certainement pas être seul pour faire ce cambriolage mais que l’autre a dû prendre la fuite. Boumédiène dit que non. Qu’il était tout seul. On ne saura jamais. 

Il n'était pas seul pour faire le coup

En face de Boumédiène, il y a le locataire qui l’écoute sur le banc des victimes. Un brave homme qui était en vacances à Perpignan et qui est rentré dare-dare pour le procès. En 24 heures, il a dressé une liste précise de tout ce qui a disparu. Bien plus que ce qu’on a retrouvé sur Boumédiène. Alors, c’est sûr, il n’était pas seul pour faire le coup. Mais peu importe, pour le matériel hifi, les bibelots, les bijoux, le locataire ne demande pas de remboursement puisque tout sera pris en charge par les assurances, il les a contactées, c’est certain.  

Voilà. Finalement, pas la peine d’en savoir plus pour juger Boumédiène. L’affaire est suffisamment claire. « Ah si » insiste le locataire, « j’ai remarqué une chose, madame la présidente, la chemise qu’il porte là, aujourd’hui, c’est une chemise à moi ! ». Le tribunal se retourne vers le box. Boumédiène confirme, un peu gêné. Il s’excuse. « Je vous la rendrai » promet-il. « D’accord » répond le locataire, « et moi, je vous rendrai les affaires que vous avez abandonnées dans ma chambre ».  Boumédiène, le monte-en-l’air du dimanche, sans casier judiciaire, sans histoire, quitte le box avec l’escorte policière. Il sera bientôt libre. Le tribunal l’a condamné à 8 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve. Il devra notamment suivre un traitement médical et il aura l’interdiction de paraitre dans la rue Damrémont.

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