Par Jean-Philippe Deniau

Les quelques 25 000 avocats du barreau de Paris ont cette semaine élu leur futur bâtonnier, celui qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2014, à l'issue d'une première année de dauphinat aux côtés de l'actuelle bâtonnière de Paris, Christiane Féral-Schuhl.

C'est finalement l'avocat pénaliste Pierre-Olivier Sur qui a remporté ce scrutin hier soir.

Pierre-Olivier Sur et son vice-bâtonnier, Laurent Martinet, ont battu au second tour le tandem formé par Frédéric Sicard et Sabine du Granrut.

Mais il faut dire que ce scrutin n'a pas donné lieu, comme on le constate en politique, à des combats idéologiques acharnés. Car globalement, les avocats ont à quelques nuances près, des intérêts convergents quand on évoque l'avenir de leur profession ou les grandes réformes pénales.

Alors, faute de se faire élire sur un programme, ils tentent de se distinguer par leur personnalité. Mercredi soir, sur la Chaine Parlementaire, à la veille du second tour donc, Sur et Martinet ont débattu avec Sicart et du Granrut. 50 minutes, une dizaine de thèmes abordés et, hélas pour l'amateur de catch, par le moindre duel, par l'ombre d'une divergence. Un exemple : faut-il instaurer un numerus clausus pour les avocats ? Réponse de Pierre-Olivier Sur : « On gagne mal notre vie aujourd’hui au barreau et ça pose cette question du numerus closus [Vous y êtes favorable ou pas ?] Non, nous n’y sommes pas favorables »

Même question au candidat Frédéric Sicard : « C’est clair, la réponse est ‘non’. Donc c’est un faux débat »

Prenons maintenant la question controversée de la construction d'un nouveau Palais de Justice dans le quartier des Batignolles. Pierre-Olivier Sur : « Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’utiliser ces 2,5 milliards d’euros pour… ça mériterait qu’on réfléchisse à une autre affectation des sommes ».

Le présentateur du débat tente sa chance avec Sabine du Granrut. : « [Vous êtes d’accord sur ce point-à ?] On est d’accord »

On essaye encore. Faut-il réformer la profession pour permettre l'entrée de l'avocat en entreprise ? Bon je sais, vous allez me dire, « comment voulez vous que le représentant des avocats rejette l'idée d'ouvrir la profession à de nouveaux horizons juteux ? ». Je sais, mais tentons tout de même.

Sabine du Granrut : « C’est une question de mutation et c’est une question à laquelle notre profession doit adhérer »

Et en face Laurent Martinet : « Il est, je pense, de notre devoir si nous étions élus, de favoriser comme le Barreau de Paris l’a déjà voté, la présence de l’avocat dans l’entreprise ».

  • Mais alors, au bout du compte, comment différencier le tandem Pierre-Olivier Sur/Laurent Martinet du tandem Frédéric Sicard/Sabine du Granrut ?

C'est peut-être une question de style. Car Pierre-Olivier Sur, comme tout pénaliste qui se respecte, a su soigner autant la forme que le fond, si ce n'est plus. Il en a fait des tonnes.

Pierre-Olivier Sur : « Je suis allée à Phnom Penh, au bout du monde, pour un procès de crimes contre l’Humanité, un procès des khmers rouges, et on a imposé là-bas la constitution de partie civile à la française. J’ai même été condamné en diffamation il y a une dizaine d’années pour être le premier à dire ce que tout le monde sait aujourd’hui. Il appartient à la profession d’avocat, par le bâtonnier du plus grand barreau de France, le barreau de Paris, de pousser les intérêts de la profession, de se révolter. De dire que ça ne va pas et de dire qu’il faut changer les choses ».

Pierre Olivier Sur va-t-il réellement changer les choses ? On fera le bilan ensemble, si vous le voulez, dans 3 ans.

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