Francis Heaulme comparaît depuis le 4 décembre devant la cour d'appel de Versailles pour le meurtre de deux enfants, à Montigny-lès-Metz, en 1986. Mais comment juger une affaire après plus de trois décennies et autant d'errements judiciaires?

Francis Heaulme comparaît à Versailles depuis le 4 décembre.
Francis Heaulme comparaît à Versailles depuis le 4 décembre. © Radio France / Cécile Soulé

Le procès qui s'est ouvert le 4 décembre à Versailles est le sixième, dans cette affaire de Montigny-les-Metz qui valu à Patrick Dils de passer 15 ans en prison avant que la justice ne reconnaisse son erreur. Francis Heaulme est accusé d'avoir tué, le 28 septembre 1986, Alexandre Beckrich et Cyril Beining, deux garçons de 8 ans dont les corps ont été retrouvés près d'une voie de garage de SNCF, le crâne fracassé à coup de pierres. "Le routard du crime" a été condamné en première instance à la réclusion à perpétuité.

Dans la salle d'audience de la cour d'appel, on est bien loin de l’effervescence suscitée par le procès de Metz, il y a un an et demi. Le public se fait rare : seulement une poignée d’étudiants en droit et de curieux habitués aux salles d’audience. Il faut dire qu'on est à 400 km de la Moselle. Quant au banc des parties civiles, il est désert la moitié du temps. Seule Chantal Beining, mère de Cyril et aujourd’hui très malade, fait une apparition, un jour sur deux. La famille d’Alexandre Beckrich ne viendra que la semaine prochaine pour témoigner. Ce sixième procès lui est trop douloureux. 

Sur 81 témoins cités, une vingtaine d'absents

Le planning d'audience s'est considérablement allégé, au début du procès, en raison de l'absence d'une vingtaine de témoins. Trop âgés, en mauvaise santé, ils ont présenté un certificat médical. D’autres ne seront entendus qu’en visioconférence. Parmi ceux qui sont là, certains ne cachent pas être venus à reculons. Comme ce retraité. De quoi se souvient-il? "Il faudra vous contenter de mes dépositions…Je n’ai rien à dire de plus", lâche-t-il d’un ton irrité. "Comment voulez vous que je me rappelle aussi loin?

De fait, on ne peut que constater l’impossible effort de mémoire demandé aux témoins, 32 ans après. Comme à ce quadragénaire qui esquisse un sourire navré : Il avait 8 ans à l’époque. A chaque fois, le président, Philippe Boussand, est obligé de relire de longs passages des dépositions

Scellés détruits

Le dossier souffre aussi de l'absence de preuves matérielles. Les scellés ont été détruits en 1995, ce qui rend donc aujourd’hui impossible toute analyse scientifique. L’accusation doit donc se contenter d’un faisceau d’indices, comme l’explique à la barre un ancien gendarme aux cheveux poivre et sel. Cette quasi signature criminelle de Francis Heaulme (dont on sait qu’il était à Montigny les Metz le jour du double meurtre) : sauvagerie de l'acte, futilité du motif, victimes dont le corps a été au moins en partie dénudé...

La défense elle, s’attache, à jeter de nouveau le soupçon sur Patrick Dils et Henri Leclaire, bien que le premier ait été acquitté et le second ait bénéficié d’un non lieu. Quant à Francis Heaulme, il le répète jusqu’à l’usure: "Montigny c’est pas moi".

La seule chose à même de soulager les jurés dont le verdict est attendu vendredi prochain, c’est qu’il n’y a ici aucun enjeu sur le quantum de la peine, l'accusé ayant été condamné à la perpétuité dans deux autres affaires.

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