Quatre détenus comparaissent pour avoir utilisé des téléphones en cellule, un délit qui va leur coûter quelques mois de plus en prison.

Un téléphone portable en prison rallonge la peine
Un téléphone portable en prison rallonge la peine © Getty / Amos Chapple

Au tribunal correctionnel de Strasbourg, Kamel, Mehdi, Cyril et Matéo comparaissent à cette audience à juge unique, quatre détenus de la région récemment surpris avec des téléphones en cellule. Surpris n'est peut-être pas le bon terme. Les portables en prison sont souvent soumis au régime de la tolérance. Parce que ça permet de maintenir une certaine forme d'apaisement. Mais parfois, les contrôles conduisent à des poursuites disciplinaires et pénales. Nous y sommes. 

Cyril est absent à l'audience, et il n’y a pas d'avocat. La présidente ouvre le dossier sans entrer dans les détails. On saura juste que le recel de portable a déjà valu à Cyril cinq jours en quartier disciplinaire, qu'il a treize condamnations au casier judiciaire, et qu'il est libérable en juillet prochain. La procureure ajoute que c'est de la récidive et que depuis, Cyril a de nouveau une procédure pour détention de stupéfiant cette fois. Pour le portable, elle demande trois mois, la présidente prononce trois mois. 

Ce sera le même tarif pour Kamel qui a été extrait de sa cellule pour le procès. Mais Kamel refuse de venir à l'audience. Il sera jugé quand même. De toute façon, "il a gardé le silence pendant l'enquête, n'a pas voulu dire qui lui avait prêté le portable" précise la présidente. Kamel sera libérable en novembre 2024. Avec trois mois supplémentaires, il restera en détention jusqu’en février 2025. Parce que pour les délits commis en détention, les peines s'additionnent, contrairement aux délits commis en liberté où elles se confondent, la plupart du temps

Et puis les écrans télé s'allument dans la salle. Medhi apparait, affalé sur une chaise. Il est jugé par visioconférence depuis le centre de détention de Mulhouse où il purge une peine de quatre ans et demi pour violences aggravées. Il dit que c'est un détenu qui lui a donné le portable, qu'il s'en est juste servi pour contacter la famille : sa mère et son petit frère. "Il reconnait les faits" lui accorde la procureure, « il supporte mal la détention mais », en se tournant vers la télé, « vous savez, Monsieur, dépenser quelques euros pour obtenir le droit de téléphoner légalement à votre famille vous coûtera toujours moins cher qu'une peine de trois mois de prison ». La présidente prononce trois mois de prison. « Merci, au r'voir" répond Mehdi. On éteint les écrans. 

Car voici Matéo. Dans le box. Lui aussi, recel de portable, il a déjà fait 30 jours de quartier disciplinaire pour ça. Matéo est libérable le 8 mars prochain, il n'a pas pris d'avocat, mais il a voulu venir pour s'expliquer, et il a bien eu raison. "J'ai un travail qui m'attend à la sortie, chez mon oncle, pour faire de l'installation sanitaire, c'est pour ça que j'ai passé des coups de fil". La procureure l'écoute attentivement. "C'est vrai qu'il a un projet de sortie, c'est vrai que le téléphone était important pour conclure son CDI". Et elle propose au tribunal de lui tendre la main. Pas de prison supplémentaire pour Matéo, mais une amende de 240 € à payer dans un délai de deux mois. "C'est une bonne solution, je m'engage à la payer" promet Matéo. Le tribunal confirme, 240 € d'amende. C'était le dernier dossier de cette audience. "Avec une sanction clémente et une marque de confiance" insiste la présidente. Matéo remercie et repart, soulagé.

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