Par Corinne Audouin

carlos devant la justice
carlos devant la justice © reuters

Le procès en appel du terroriste Carlos se tient en ce moment et jusqu'au 27 juin devant la Cour d'assises spéciale de Paris. Hier, Corinne Audouin assisté à un témoignage passionnant : celui d'un ancien frère d'armes de Carlos.

Il s’appelle Hans-Joachim Klein. Il faisait partie du commando qui a pris en otage les ministres des pays de l'OPEP, en 1975, à Vienne. Le coup d'éclat a fait la gloire de Carlos.

Après cette action qu'il qualifie aujourd'hui de « boucherie », Klein a tout arrêté; aussi parce qu'il ne supportait pas l'antisémitisme de Carlos, lui, l'enfant de l'Allemagne d'après guerre dont la mère avait été déportée à Ravensbruck pour n'avoir pas respecté les lois anti juives.

C'est un témoin très rare, le seul à avoir connu le Carlos d'autrefois. Illich Ramirez Sanchez aime se présenter comme révolutionnaire professionnel, mû par son seul amour de la cause palestinienne. En quelques mots sans fioritures, Hans-Joachim Klein raconte un autre Carlos.

Mandela était un révolutionnaire, le Solidarnosk était un révolutionnaire, Carlos est un sociopathe, c’est tout. Il n’y avait rien d’un révolutionnaire dans ce mec là. C’est tout sauf un révolutionnaire. C’est plutôt un mercenaire. C’est Monsieur « How much ? », Monsieur « combien ? » C’est ça Carlos .

- Carlos est en tous cas jugé pour des attentats commis en France dans les années 80. Après, donc, que Hans Joachim Klein a quitté son groupe.

Il ne peut bien sûr pas témoigner sur les faits, mais le portrait qu'il dresse du Carlos des années 1974 à 1976 est ravageur. C'est celui d'un homme cruel et froid, qui prend plaisir à donner la mort. Un amateur de luxe et de jolies femmes, avec qui il n'a jamais eu la moindre discussion politique.

Avec ses cheveux gris en bataille, son blouson en jean et son sac à dos, l'allure de Klein contraste avec la mise toujours soignée de Carlos, moustache fine et blouson de cuir.

Il y a un côté fascinant à voir ces deux hommes, autrefois unis dans l'action, devenus si différents. Aujourd'hui, Hans-Joachim Klein habite un petit village normand, où il a vécu 20 ans en clandestinité, avant son arrestation en 1998. Condamné en Allemagne pour la prise d'otages de l'OPEP, il a purgé 5 ans de prison et vit à nouveau en France, depuis 2003. Aussi incroyable que ça paraisse, Klein est très bien intégré dans son village, où tout le monde l'appelle Dirk.

Franchement, retourner à Paris, ça me fait chier parce qu’il faut que je m’occupe de mon potager. Au moment où je suis arrivé en Normandie, c’était la première fois que je voyais une vache. Dimanche, j’ai aidé un copain à vêler une génisse. C’est la campagne profonde, 300 habitants. Il faut que j’y retourne au plus vite pour préparer la fête communale. Je suis membre du comité de fête.

S'il est quand même venu témoigner, c'est, dit-il, pour ne pas faire comme la génération de ses parents, celle qui n'a pas parlé après l'horreur nazie. Lui reconnait ses erreurs, ses « conneries » dit-il, quand il a glissé dans la violence armée. Il est le seul. Beaucoup de ses ex camarades sont morts ; la plupart des autres n'ont jamais rien renié.

Face à ce témoin encombrant, Carlos s'énerve, le traite de balance, de menteur, de toxicomane…

Klein ne tourne même pas la tête vers le box, il ne veut pas croiser son regard, ni répondre à ses questions. Après une dernière cigarette sans filtre sur les marches du palais, Hans-Joachim Klein n'à qu'une hâte : retrouver sa Normandie.

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