Dans le Prétoire cette semaine, il est question de menaces de mort et violences conjugales lors d’une audience à juge unique.

Vue du tribunal de Nîmes en septembre 2020
Vue du tribunal de Nîmes en septembre 2020 © AFP / BLANCHOT Philippe / hemis.fr

L’après-midi d’audience s’achève au tribunal correctionnel de Nîmes. La salle s’est vidée à la dernière suspension. Sur les bancs du public, ne reste qu’un homme, pull sombre avec des empiècements aux coudes, jean. Des cheveux mi-long, le cou rentré dans les épaules, le dos courbé. Son avocat vient le voir de temps à autre. 

Et puis voilà, c’est à lui. “Dossier numéro 19”, clame l’huissier.  Il s’avance d’un pas lourd à la barre. Et le président résume les faits : “le 14 décembre 2019, une jeune fille de 13 ans, Alice, a appelé les pompiers à la suite d’une dispute entre ses parents. Votre femme a expliqué que vous l’avez tirée du canapé, vous lui avez mis une gifle en disant : “je vais te tuer”. Madame a alors un taux d’alcoolémie très élevé. Et vous moins élevé, mais quand même. Et votre fille explique que vous vous êtes énervé parce que sa mère aurait cassé votre guitare - visiblement de valeur - et qu’elle aurait jeté une télécommande sur vous. Votre fille, qui a semble-t-il, l’habitude de voir des disputes, serait alors sortie de la pièce.

Le prévenu, qui travaille dans l’informatique apprend-t-on, a déjà été condamné “pour des faits de violences, sous l’empire d’un état alcoolique, en juin 2019” lit le président. “C’était qui la victime ?” “Mon épouse", indique-t-il. J’étais très alcoolisé. Après ça, j’ai suivi une cure.”  Et aujourd’hui vous en êtes où avec l’alcool ?” poursuit le président.Je fais très très attention”, assure le prévenu.  "Et sur les faits évoqués, qu’est-ce que vous en dites ?” L'homme explique péniblement : “il y a eu une dispute... mais pas de violences. Et puis, il y a eu des mots, mais je ne le pensais pas.” 

À gauche de la salle, le procureur bondit de son fauteuil : “vous dites qu’il n’y a pas eu de violence ? Et si je vous bouscule là, qu’est-ce que je fais ?”  Silence. “Qu’est-ce que je fais ?” insiste le représentant du parquet. Le prévenu murmure presque : “de la violence …”  “Et si vous dites “je vais te tuer”, c’est pas des menaces pour vous ?” À la barre, l’homme se redresse : “des menaces c’est quand on le pense. Elle me connaissait assez bien pour savoir que je ne le pensais pas.” 

Et puis on comprend : si la victime n'est pas à l'audience, c'est parce qu'elle “est décédée récemment”, indique le président.  “Elle est morte comment votre épouse ?”, s’enquiert le procureur. “D’un cancer colorectal. C’était la surprise qu’elle parte si vite. C’est moi qui l’ai trouvée sur le lit”. Pas de quoi émouvoir le parquetier : “on ne frappe pas une femme sans défense. C’est une preuve de lâcheté monsieur, surtout quand elle est malade. Et ce n’est pas parce que la victime est décédée qu’on doit banaliser les faits. Vous avez déjà été condamné à 4 mois avec sursis. On vous a expliqué : vous deviez vous tenir à carreaux pendant 5 ans. Je propose 8 mois de prison ferme et la révocation des 4 mois avec sursis.” 

La parole est à la défense. L’avocat montre son client : “monsieur s’est bourré d’anxiolytiques pour être là aujourd’hui”, plaide-t-il. “À peine un mois et quinze jours ont passé depuis qu’il a retrouvé le corps de son épouse au domicile familial. Il est effondré d’être là. Pour lui ces menaces n’étaient que des mots. Jamais il n’a souhaité la mort de son épouse. Elle avait 46 ans. Nous ne demandons pas la relaxe, pour la mémoire de Christelle. Mais aujourd’hui elle n’est pas là et c’est la plus lourde des peines pour lui”. 

Pour ses derniers mots, le prévenu explique encore qu’il est seul à élever sa fille : “elle m’a dit hier : je ne veux pas que tu partes en prison”. La décision est rendue après quelques minutes de délibéré à peine.  “Vous êtes condamné pour l’ensemble des faits qui vous sont reprochées à 8 mois avec sursis probatoire pour une durée de deux ans” indique le président. “Alors je vous explique : si vous ne commettez pas de nouvelles infractions vous n’irez pas en prison. Mais vous avez deux condamnations déjà, ça fait lourd au-dessus de votre tête. Je vous invite donc à ne plus commettre d’infraction ... mais aussi à ne plus boire."

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