Les cages de verre ou de fer ou de fer se généralisent dans les tribunaux de France. Et de nombreux avocats pour les démonter, au nom des droits de la défense. Même des magistrats commencent à faire juger hors de ce ces box ultra-sécurisés et très mal insonorisés.

Dans la salle d'audience du tribunal d'Annecy, les box ont été équipés de vitres blindées
Dans la salle d'audience du tribunal d'Annecy, les box ont été équipés de vitres blindées © Radio France / Richard Vivion

Ces box de verre ne sont pas tout nouveaux. L'une des toutes premières vitres blindées, posée alors sur un seul côté du box date de 1987. Elle avait été installée à Lyon, pour le procès de Klaus Barbie, premier procès en France pour crimes contre l'humanité. Cette petite vitre servait surtout à protéger l'ex-chef de la Gestapo de tentatives de vengeance. Dans les années 2000, des procès agités avec des militants basques ont abouti à l'installation d'autres box vitrés, mais c'est en 2015 que ces box fermés commencent à se multiplier d'un bout à l'autre de la France, dans le cadre de vastes plans de lutte antiterroriste. Les affaires terroristes sont pourtant exclusivement jugées à Paris. Mais au nom de la sécurité, des cages de verre sont désormais installées dans tout l'hexagone, à Annecy, à Caen, ou à Nîmes, par exemple. Dans les tribunaux de Colmar ou d'Alençon, les box sont carrément entourés de barreaux de fer. Comme s'ils étaient des prisons. Ce qui est inacceptable aux yeux de maître Tcholakian, du syndicat des avocats de France.

"Présenter dans une cage qu'on peut qualifier de cage pour animaux à certains moments, c'est porter atteinte à un grand principe du procès pénal, la présomption d'innocence. Lorsque quelqu'un apparaît dans une cage pour son procès, c'est toutes les apparences de la culpabilité" s'offusque Gérard Tcholakian.  

Me Tcholakian : "Est-ce que Camus aurait mis Meursault dans une cage de verre pour son procès ?"

Au nom de cette présomption d’innocence qui a tant inspiré Albert Camus dans l’Etranger, la cour d’assises de Pontoise, a décidé cette semaine de ne pas juger l’accusé dans son box vitré, mais de le faire comparaître en dehors, à la barre. Et d’autres magistrats ont pris la même décision ces jours-ci, boycottant eux-aussi ces box. A Créteil par exemple, plusieurs juges ont évoqué des problèmes "pratiques". Car la vitre épaisse est une vraie barrière pour le son. D’autant qu'à Créteil, derrière la vitre, il n’y a même pas de micro, juste un petit trou qui oblige à se contorsionner. "On a des prévenus qui n'entendent pas ce que dit le tribunal. Ils sont courbés avec une oreille qui sort par le trou pour essayer d'entendre, et ils finissent par sortir de leur procès", regrette Maude Savey, jeune avocate à Créteil.

Pour le syndicat des avocats de France, les droits de la défense sont clairement bafoués. Un juge concède qu'à force de ne pas entendre les réponses, il y a le risque de couper court aux questions. La chancellerie rétorque que ces box permettent d'éviter des évasions. Mais pour le syndicat des avocats de France, la construction de ces cages est une faute lourde, pour laquelle la ministre de la justice est assignée, devant le tribunal de grande instance de Paris. L’audience est prévue le 15 janvier prochain, dans un mois jour pour jour. 

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