Un collectif d'avocats s'est mis en place pour accompagner les victimes présumées de ces journalistes et communicants parisiens accusés d'avoir mené pendant plusieurs années sur Twitter des campagnes de harcèlement.

Depuis un article paru dans Libération, les témoignages affluent.
Depuis un article paru dans Libération, les témoignages affluent. © Maxppp / Etienne Laurent

Depuis une semaine, une multitude de tweets sexistes et homophobes, de photomontages, de canulars mis en ligne ont refait surface depuis les profondeurs du net ou des fichiers informatiques où les captures d'écran étaient soigneusement archivées.

Certains auraient sans doute pu relever de l'injure publique ou de la diffamation. Mais dans ces cas précis, le délai pour porter plainte est de trois mois (un an pour les injures racistes, sexistes, homophobes). Or les messages qui émergent dans cette affaire de la "Ligue du Lol" remontent aux début des années Twitter, de 2009 à 2012-2013. La prescription est ici le principal écueil. 

Inversion du paradigme

Autre possibilité : la qualification de cyberharcèlement. La loi du 3 août 2018 permet désormais de condamner tous ceux qui ont pris part à des faits de harcèlement en ligne. "Cette loi a inversé le paradigme", explique Éric Morain, avocat au barreau de Paris. "Avant, on s'intéressait à la répétition par un même auteur de messages à destination d'une personne. Aujourd'hui, on s’intéresse uniquement à la personne qui reçoit ces messages d'une multitude d'auteurs. Vous avez pu faire un seul tweet, un seul message, vous avez participé à ce cyberharcèlement en meute. Je pense que c'est un appel à la responsabilité individuelle. Quand vous publiez un tweet, vous en êtes responsable". 

Le cyberharcèlement est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Le délai de prescription ayant été doublé par une loi de février 2017, des faits commis à partir de mars 2014 peuvent donc encore aujourd'hui donner lieu à une plainte

Membre d'un collectif d'avocats mis en place autour de l'association Jamais Sans Elles, Éric Morain dit avoir été contacté par plusieurs femmes, victimes présumées de la "Ligue du Lol". L'avocat étudie actuellement leur dossier afin de d'envisage les suites possibles, que ce soit sur le plan pénal ou civil. 

La preuve est l'un des autres écueils. Depuis que l'affaire a éclaté au grand jour, de nombreux tweets ont été supprimés par leurs auteurs. Les victimes, de leur côté, n'en ont pas forcément gardé la trace. L'une confiait avoir décidé il y a plusieurs années de supprimer le fichier de son ordinateur afin "d'aller de l'avant". 

Pour rappel, plusieurs membres de cette "Ligue du Lol" ont été mis à pied à titre conservatoire par leurs employeurs respectifs.

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