Après la Centrafrique et les accusations de viols d’enfants par des soldats français, retour sur un autre dossier qui met en cause l’armée française : des accusations de viols au Rwanda qui remontent à la période du génocide des Tutsi, en 1994.

Rwanda - commémorations
Rwanda - commémorations © Reuters

Ce sont 6 femmes Tutsis qui accusent des militaires français de les avoir violées, pendant l’« opération Turquoise », entre juin et août 1994. Un déploiement militaire censé alors protéger les populations fuyant les génocidaires.

Les faits se seraient déroulés dans deux camps de réfugiés : à Murambi et Nyarushishi.

Des viols collectifs assure l’une de ces femmes que nous avions rencontrées en 2011 :

Parfois il y avait jusqu’à une dizaine de militaires français qui me violait. Aucun ne m’a porté assistance. Ils venaient à deux, m’arrachaient de ma tente pendant que d’autres faisaient la même chose, juste à côté. On se retrouvait toutes dans la tente des militaires et ils disaient aux autres : « Venez, les filles sont là… ». C’était comme un repas quotidien. D’autres fois, ces militaires en uniformes nous emmenaient en brousse. Ils étalaient un drap, nous violaient tout en prenant des photos. Ça a commencé une semaine après l’arrivée des Français dans le camp, jusqu’à leur départ. Tous les militaires savaient ce qui se passait. Pour les gens autour de moi, c’est comme une souillure. Et maintenant, je veux la justice pour retrouver ma dignité.

Et pourune autre plaignante rwandaise , ces viols ne sont pas le fruit du hasard :

Ils nous ont violées parce qu’on était Tutsis. Beaucoup de militaires étaient persuadés que nous n’allions pas survivre. Ils violaient de futurs cadavres. Ils étaient vraiment du côté des milices extrémistes Hutus. Les militaires demandaient : « Toi, Hutu ? » Et quand une fille répondait : « Oui », alors ils faisaient un grand sourire. Une femme Hutu travaillait avec moi. Elle, elle n’a jamais été violée par les militaires français.

Ces accusations de viols ont toujours été rejetées par le commandement militaire français, tout en n’excluant pas des « dérapages individuels ».

Depuis le début, c’est une enquête chaotique.

Les premières plaintes datent de 2005. Il faut attendre la fin 2010 pour que le Tribunal aux armées de Paris instruise officiellement ces plaintes.

Mais le Tribunal aux armées est finalement supprimé. C’est le Pôle génocide, créé en 2012, qui reprend l’instruction de ces plaintes.

En juin 2014, la juge Emmanuelle Ducos s’est rendue au Rwanda pour entendre deux victimes.

Mais jusqu’ici, l’armée reste « la grande muette » déplorel’avocate des plaignantes, Laure Heinich :

« Moi je suis l’avocate de femmes qui disent qu’elles ont été violées et qui voudraient être confrontées à leurs agresseurs potentiels. Elles désignent des militaires français qui les ont agressées. Elles ne peuvent donner que des prénoms, elles ne peuvent donner que des caractéristiques physiques et aujourd’hui, on n’a pas, nous, les noms, les photos, un trombinoscope qui doit bien exister. L’armée ne fournit aucun élément. Si l’armée avait vraiment envie de savoir ce qui s’était passé au Rwanda, de faire du nettoyage chez elle, elle participerait activement à l’enquête. Ce n’est pas le cas du tout, bien au contraire. Les éléments sont retenus. »

D’autres plaintes impliquant l’armée française sont également à l’instruction au Pôle génocide, notamment celle qui concerne des Tutsis abandonnés aux génocidaires dans les montagnes de Bisesero, alors qu’une patrouille française avait donné l’alerte trois jours plus tôt.

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