Pour cette audience à juge unique devant le tribunal correctionnel de Nîmes (Gard), il est beaucoup questions de violences.

Le tribunal de Nîmes
Le tribunal de Nîmes © Maxppp / MiKAEL ANISSET / PhotoPQR / Midi Libre

Nous sommes dans la salle principale du tribunal correctionnel de Nîmes. Quelques personnes, assises ici et là sur les bancs du public, attendent d’être appelées. A droite dans la salle : un box vitré, vide. Au centre : le président, cheveux bouclés grisonnants, masque noir sur le visage. Seul puisqu’il s’agit d’une audience à juge unique.  “Dossier numéro 23”, clame l'huissier de l'audience. On appelle le prévenu : personne. “Il  a été cité à parquet, je crois” indique la greffière.  “Mais on ne sait pas où il est" reprend le président. “Bon ….

Il avise la victime dans la salle. “Vous pouvez approcher si vous voulez”.  Un homme s’avance à la barre : carrure imposante, cheveux ras, T-shirt en treillis militaire, short noir. 

Le président se plonge dans le dossier : “Alors il s’agit de faits de dégradation de bien, en l’espèce un véhicule Peugeot et une porte de garage métallique.  Donc le 5 janvier 2020, la gendarmerie d’Alès intervient.” Il se tourne vers la victime. “C’est vous monsieur qui les avez appelés. Vous expliquez qu’un véhicule a pris de l’élan et a percuté à plusieurs reprises votre voiture qui était sur des cales en train d’être réparée. Vous avez autre chose à ajouter?“ L’homme secoue la tête : “Non”. 

Son avocate, en revanche, si.  “Il faut revenir aux débuts de cette histoire”, explique-t-elle. Cela concerne l’ex-compagne de monsieur. C’est lui qui est à l’origine de leur séparation. Elle a été très mal vécue par Madame. Et le fond du dossier c’est que madame est persuadée que mon client a eu un enfant avec sa nouvelle compagne alors qu’il était toujours avec elle. C’est faux. Cet enfant n’est pas de lui. Mais madame est devenue totalement hystérique. Elle vient régulièrement à son domicile. Il a déposé plusieurs plaintes à ce sujet. Et l’auteur des faits n’est autre que le gendre de madame. Qui, parce qu’il était alcoolisé, a fait ce que l’on sait.  La porte de garage a été totalement dégradée avec un devis de 860 euros et mon client a peu d’argent.  Et puis je viens plaider son préjudice moral car c’est très difficile d’être l’objet d’une violence totalement gratuite." 

Le président se tourne vers le procureur. “Vous avez la parole pour vos réquisitions”. 

La culpabilité du prévenu ne souffre aucune contestation, requiert celui-ci.  Il a reconnu les faits en garde à vue et a même déclaré : “je ne pensais pas faire autant de dégâts”. Maintenant se pose la question de l’utilité de la peine. Est-ce qu’un sursis probatoire avec une obligation d’indemniser la victime ne serait pas la meilleure peine ? Mais où l’envoyer ? On ne sait pas où il est. Cela me pousse donc à proposer 6 mois avec mandat d’arrêt.”

On passe au dossier suivant : “numéro 13”

Là aussi, seule la victime est là. Pas le prévenu.  Le président résume : “il s’agit de faits du 24 octobre 2019 à Vauvert. Des violences avec usage d’une arme en l’espèce un couteau de chasse.”

Il regarde la victime assise en face de lui.  “Vous êtes infirmier et vous vous rendez chez une personne qui a eu un AVC et qui est alitée. Vous appelez les gendarmes et vous dites que le frère vous aurait menacé avec un couteau de chasse.”

L’avocate de la victime insiste : “_depuis cinq ans, mon client va tous les jours chez son patient pour lui prodiguer des soins. Et courant 2019, son frèr_e - dont on a appris qu'il vivait en colocation avec le malade -  a commencé à s’alcooliser, puis à menacer tout le monde : infirmiers, femmes de ménages ….  Ce jour là, alors que mon client est en train de prodiguer les soins, il lui montre son couteau lui dit : moi j’ai fait l’armée, je sais me servir d’une arme et je m’en servirai.”

Le procureur poursuit à son tour : “il est inadmissible qu’un infirmier se fasse menacer, même verbalement. C’est moi qui était de permanence ce jour-là, je m’en souviens. Bon, le prévenu a un casier judiciaire néant. Je vous propose cinq mois avec sursis." 

L’audience est suspendue. 

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