Plongeons dans le quotidien d’un avocat pénaliste du barreau de Lille, très connu sur la toile sous le pseudonyme de « Maître Mô ». Le blog qu'il tient depuis 3 ans vient de franchir son millionième visiteur unique et il a publié aux éditions de la Table ronde un recueil de ses chroniques.

Maître Mô a une belle voix de basse, 45 ans et déjà 20 ans d'expérience. On ne donnera pas sa véritable identité, car Maître Mô, c'est un peu son double de fiction, qui lui permet de raconter, dans de longues chroniques proches de la nouvelle, les histoires souvent très dures qui font son quotidien. Je lui ai demandé pourquoi ses histoires, toutes inspirées de faits réels, avaient autant de succès.

Maître Mô : « Il y a une vraie pédagogie sur ce que c’est que la justice a quotidien et particulièrement la justice criminelle. Il y a un monde entre le fait de lire quelques lignes disant ‘il y a encore un père abuseur qui a été condamné à huit ans de prison ’ et puis de découvrir cela de l’intérieur. C’est un peu le même phénomène qui se produit très souvent, je crois, lorsque des personnes sont amenées à être jurés d’assises. On arrive avec un certain nombre de présupposés, on pense que ça va être relativement simple peut-être, parce que des faits sont avérés et qu’ils sont parmi les plus difficiles, et puis on découvre en deux ou trois jours d’audience qu’il y a une homme derrière tout cela, qu’il y a un parcours, qu’il y a des explications psychologiques, que tout n’est peut-être pas noir d’un côté et blanc de l’autre, mais qu’il y a un une infinie complexité humaine. C’est cela que racontent les nouvelles de blog et c’est peut-être cela qui retient un peu l’attention des lecteurs. Je l’espère, en tous cas ».

- Ces chroniques donnent aussi une toute autre vision du métier d'avocat__

rès loin de l'image de l'avocat hâbleur, capable de défendre aussi bien la veuve et l'orphelin, que le violeur, le meurtrier ou l'escroc, Maître Mô est toujours en empathie avec la personne qu'il défend, quoi qu'elle ait fait. Une absence de distance indispensable, selon lui.

Maître Mô : « Je suis assez persuadé qu’à 80%, les affaires dans lesquelles j’interviens, très souvent, auraient pu m’arriver. Il suffisait de pas grand-chose. Il suffisait que je naisse ailleurs, dans un milieu un peu plus défavorisé –souvent cela s’est passé, ce sont des gens avec lesquels j’ai grandi, on a bien souvent le même âge ou à peu près, des parcours qui s’éloignent de plus en plus au fil du temps… Je continue croire qu’il y du bon dans chaque homme et que l’un des boulots de l’avocat est de le trouver et de l’exposer. Les seuls et uniques cas dans lesquels un pénaliste doit refuser un dossier pénal, c’est quand aucune empathie ne passe, quand rien ne se déclenche du tout au premier rendez-vous. L’avocat est le frère en humanité de son client. C’est la meilleure définition, je crois, de mon métier ».

Cette humanité, on la croise au fil des quatorze histoires du livre, entre autres sous les traits de Noël, jugé pour avoir torturé un type encore plus paumé que lui, ou dans l'histoire de Jade, petite fille abusée par son beau-père, qui trouve le courage de parler. Entre colère, dégoût et compassion, la lecture en est souvent éprouvante, mais elle est aussi salutaire pour comprendre un peu mieux le fonctionnement de notre justice.

Une chronique de Corinne Audouin , avec Maître Mô, en duplex depuis nos studios de France Bleu Nord à Lille

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Le blod de Maître mô

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