La magistrate vient de présider le procès le plus médiatique de ces dernières semaines : celui du logeur des terroristes du 13 novembre. Mais elle n'a pas attendu Jawad Bendaoud pour se faire un nom.

La présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Isabelle Prévost-Desprez.
La présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Isabelle Prévost-Desprez. © AFP / MEHDI FEDOUACH / AFP

Leur histoire à tous les deux n'avait pas vraiment bien commencé.  Dans un malheureux lapsus, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Isabelle Prévost-Desprez, avait appelé Jawad Bendaoud, Monsieur Abaaoud... du nom du terroriste du 13 novembre qu'il était justement soupçonné avoir logé.  Il n'en fallait pas plus pour faire sortir le prévenu de ses gonds. Incident d'audience. Expulsion.

A l'audience suivante, Isabelle Prévost-Desprez reconnaissait avoir été "mortifiée" de son erreur. Mais Jawad Bendaoud la rassurait : "Le soir, j'ai bien rigolé dans ma cellule..." L'incident était clos. Désormais, entre ces deux-là, les choses allaient bien se passer.  "Je m'excuse madame, il n'y a rien entre nous", lui lance même un jour Jawad Bendaoud. "Je confirme, il n'y a rien entre nous", rétorque la présidente, le sourire aux lèvres.

Tout au long du procès, Isabelle Prévost-Desprez fait l'unanimité dans sa gestion de l'audience.  D'ailleurs, ils sont plus d'un avocat, y compris en défense, à louer sa connaissance des dossiers – "du très haut niveau" – pour celle qui travaille aussi soirs et week-ends, "sa grande écoute", "sa patience"...  Et il en fallait face aux longs monologues de Jawad Bendaoud, prévenu aussi tonitruant que médiatique.  

Juge médiatique

Isabelle Prévost-Desprez n’a pas attendu le procès de Jawad Bendaoud pour se faire un nom. "IPD", comme certains la surnomment, est la juge de l'Angolagate, des affaires de blanchissement Sentier 1 et 2.  Car son truc à elle, ce sont les affaires financières. Comme juge d'instruction à Paris, puis à Nanterre, elle voit passer dans son bureau des dirigeants de banques, des hommes d'affaires, mais aussi Charles Pasqua par exemple. C'est là qu'elle se forge sa réputation. "On sait qu'elle est sévère", lâche tel avocat, qui dit d'elle qu'elle a le "mandat de dépôt facile" – le fait de prononcer l'incarcération immédiate de la personne condamnée –, mais salue aussi une "femme d'expérience".   

La tourmente

Et puis éclate l'affaire Bettencourt. Isabelle Prévost-Desprez est alors devenue présidente de la 15e chambre correctionnelle de Nanterre.  Sa relation de proximité avec le procureur Philippe Courroye vire au conflit ouvert. Un rapport est déposé à sa hiérarchie. Elle est mise en examen pour violation du secret de l'instruction, soupçonnée d'avoir informé des journalistes du Monde d'une perquisition chez la milliardaire propriétaire de l'Oréal.  Dans les couloirs du palais de justice de Nanterre, on se moque quand on la croise. Les critiques fusent. 

Encore aujourd'hui, certains avocats la disent "névrosée", "aigrie", "qui juge en fonction de ses têtes"...  D'autres s'en prennent à son divorce, son physique, tout y passe, jusqu'à son rouge à lèvres. Et l'affaire laisse des traces. Sur elle d'abord : au cœur de la tourmente, Isabelle Prévost-Desprez se méfie de tous, se renferme sur elle-même, s'éloigne même des siens. Va jusqu'à devoir prévenir ses trois enfants de la perquisition qui viendra inévitablement. Chaque jour ou presque, elle songe à abandonner la magistrature, mais s'accroche à l'idée que ses ennemis auraient alors gagné. 

Puis viendra la relaxe et le soulagement.  Le retour à Paris aussi. Il n'est alors plus question d'affaires financières. Elle songe au grand banditisme avant de dire oui aux affaires terroristes et à la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Sans regret, sauf peut-être celui de n'avoir pas été présidente d'un tribunal de province. Mais avec, pourquoi pas, l'espoir de présider un jour la cour d'assises spéciale.

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