40 ans, 4 mois et 18 jours, c’est exactement le temps passé en détention par Michel Cardon. Cet homme de 67 ans, condamné en 1977 à la réclusion à perpétuité a vu sa demande de remise en liberté examinée hier après avoir été littéralement oublié en prison.

En quarante ans de prison, Michel Cardon a eux deux visites au parloir : celle d'un ancien codétenu et celle de son avocat, Me Eric Morain, ému par son histoire : "c'est un homme qu'on laissé croupir. Il y a un véritable enjeu en ce qui concerne Michel Cardon : un enjeu personnel, celui de le sortir de là. Et puis, ça met en lumière les difficultés extrêmes des longues peines, de ce qui se passe en détention pour ces hommes et ces femmes qui restent détenus pendant 25, 30, 40 ans. Lorsque vous n'avez plus de soutien extérieur, vous ne pouvez pas élaborer un projet à l'extérieur. Et sans projet à l'extérieur, vous n'êtes pas fondé à demander une libération conditionnelle. Donc vous entrez dans une espèce de spirale qui fait que moins vous en demandez, moins il y a de contact, moins il y a de contact, moins il y a de projet. Et puis au bout d'un moment, il n'y a plus de projet, plus d'espoir, il n'y a plus que les quatre murs. "

Hier, le parquet s'est dit favorable à une sortie prochaine de Michel Cardon qui va devoir tout réapprendre, à commencer par ouvrir une porte, rappelle son avocat. Il ne l'a pas fait depuis 40 ans.  

Les longues peines, le sujet d’un documentaire

Le film Après L’ombre, de Stéphane Mercurio sort le 28 mars sur les écrans. Là, ils sont quatre anciens détenus et la compagne de l’un d’entre eux, et se racontent.  Il y a par exemple, Eric. 19 ans de détention et 27 établissements différents. 

Cela fait près de 15 ans, désormais, qu’Eric est sorti de prison. Mais les stigmates de cette longue peine lui collent à la peau. Aujourd’hui encore, Eric ne supporte pas qu’on le touche. "En prison, explique-t-il, on n’est touché que par la violence ou par les surveillants. "

Le corps qui se détraque

Les années de prison, c'est aussi le corps qui se détraque. C’est ce que raconte encore Eric, qui, face à la douleur et faute de dentiste a fini par se résoudre à s’arracher les dents lui-même, avec une fourchette et un coupe-ongle.  C’est encore l’absence de sexualité ou les relations à la va-vite, discrètement lors d’un parloir.  Ce sont les proches qui disparaissent sans qu’on puisse leur dire adieu, témoigne André, 35 ans de détention derrière lui.  Il y a aussi, les veines qu’on s’ouvre un soir de désespoir. La peur, de voir son fils placé. La colère, qui reste. 

En 2000, dans son rapport sur les prisons, l’Assemblée nationale écrivait : “priver quelqu’un de liberté à perpétuité, c’est le faire mourir lentement.” Aujourd’hui, ils sont environ 500 détenus condamnés à la perpétuité dans les prisons françaises.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.