Alors que les affaires terroristes se multiplient et que les djihadistes partis en Syrie après 2015 seront désormais jugés aux assises, le travail des avocats n'est pas facilité.

Dans la salle d'audience ...
Dans la salle d'audience ... © Radio France / Matthieu Boucheron

La scène s'est déroulée ce lundi, devant la cour d'assises spéciale de Paris. Quatre hommes y comparaissent en ce moment pour des faits de terrorisme. Mais alors que le président de la cour d'assises lui demande de décliner son identité, l'accusé principal refuse même de se lever. Les yeux rivés au sol, il ne décroche pas un mot. Il s'est tu pendant toute la durée de l'instruction, il n'en dira pas plus dans la salle d'audience.

Des tribunaux jugés illégitimes

Car, les tribunaux de la République n'ont aucune légitimité aux yeux de nombreux djihadistes. Pas facile dans ces conditions d'exercer son métier d'avocat de la défense. Me Thomas Klotz est avocat pénaliste il défend de nombreux clients accusés de terrorisme :

"On se prive d'une partie sur le repentir, l'explication pour humaniser. Donc ça rend les plaidoiries un peu plus limitées, techniques. On n'aborde pas l'humain, il y a une partie qu'on ne peut plus aborder de part de l'attitude du client mais ça doit être fait en connaissance de cause. Ce sont des dossiers assez difficiles à gérer. Il y a le poids sur les épaules de l'avocat, il faut trouver sa juste place. Ce sont des dossiers qu'on ne peut pas qualifier d'ordinaires ou comme les autres et la loi ne l'entend pas comme tel."

Une problématique ancienne

En 2002, lors du procès des attentats de 1995 à Paris, les deux accusés refusaient de se lever à l'arrivée de la cour dans la salle d'audience. Même attitude chez certains Basques d'ETA. Me Marixu Paulus Barusco défend depuis 20 ans des militants d'ETA. La plupart des mis en cause refusent de s'expliquer sur le fonds du dossier, certains ne livrent qu'un message politique, d'autres demandent même à leur défense de ne pas plaider. Mais, selon elle, l'avocat a toujours une marge de manoeuvre.

"C'est pas plus compliqué. Tout simplement parce que justement peut-être qu'on est avocat à 100%. Notre rôle est d'établir si oui ou non les faits reprochés sont établis par les éléments du dossier. Le système judiciaire français est basé sur l'aveu alors que ce n'est pas le cas du système anglo-saxon et on revient peut-être plus à cette manière de fonctionner des anglo-saxons. La défense, elle est tout aussi intéressantes si ce n'est peut-être plus parce que justement, on a juste les éléments du dossier."

La rupture des attentats de 2015

Depuis la série d'attentats de 2015, la donne a clairement changé selon les avocats. Les militants d'ETA, qui ont pourtant abandonné la lutte armée il y a plus de cinq ans voient leurs demandes de remise en liberté refusées au nom des attentats djihadistes de Paris ou Nice. Et, devant les tribunaux, Thomas Klotz constate aussi plus de sévérité dans les peines.

"Il y a effectivement une sévérité attendue des tribunaux mais aussi des procureurs du parquet, des magistrats instructeurs, des forces de police où il a des méthodes qui changent perpétuellement. Effectivement la tâche est beaucoup plus dure depuis 2015 et on le comprend et on ne peut pas faire autrement, c'est l'évidence."

Cette plus grande sévérité n'a d'ailleurs pas forcément de lien avec le degré de coopération des mis en cause. C'est peut-être la grande différence avec les affaires de droit commun.

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